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Rouler

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

Christian Oster aime arpenter les routes de France en voiture. A tel point qu'à la lecture des premières pages de Rouler, son dernier roman qui vient de paraître aux éditions de L'Olivier (et non pas chez Minuit, comme c'était le cas jusqu'à présent), nous avons presque craint de devoir revoir notre classement pour le ranger dorénavant en littérature de voyage ! C'eût été passer à côté de l'un des meilleurs romans d'un écrivain français que, décidément, nous aimons beaucoup.

Si les férus d'orientation géographique auront tout le loisir de suivre les déambulations de Jean sur le canevas des départementales françaises, l'auteur de Trois hommes seuls ne se contente heureusement pas de nous servir de guide à travers la partie méridionale de l'hexagone. En effet, le lecteur comprend assez rapidement que si le narrateur de Rouler tourne un peu en rond, s'il conduit sans hâte, se déplaçant au gré de ses rencontres hasardeuses, c'est parce qu'il est un peu perdu. "Et c'est en réfléchissant un peu à ça encore que j'ai pensé fugitivement que je n'avais pas envie de retourner à la voiture, en fait, et que j'allais rester ici et me laisser pousser la barbe", nous dit-il dans les premières pages. On le sent presque aussi absent au monde qu'un Meursault, assez solitaire, et plutôt égoïste dans son genre. Pas vraiment de quoi nous le rendre attachant. Et pourtant, son réel talent pour se retrouver empêtré dans des situations toutes plus loufoques et absurdes les unes que les autres en fait un personnage tour à tour émouvant, pitoyable et drôle. On pensera par exemple à sa réaction face à sa rencontre fortuite avec un ancien camarade de classe. Ce dernier lui proposant de l'héberger mais Jean prenant cette offre pourtant très chaleureuse comme une forme d'agression sans pour autant parvenir à décliner l'invitation sans détour, il tente en vain de s'y soustraire par une série de mensonges tous plus gros les uns que les autres, et finit par le suivre en voiture en direction de sa propriété, à l'affût de la première occasion pour bifurquer et reprendre son itinérance solitaire. Face à un tel déploiement de ruse et à une telle obsession pour la fuite, on ne peut qu'être surpris par ses efforts subséquents pour retrouver l'adresse de la propriété en question afin d'y établir momentanément ses quartiers ! En un mot, impossible de déterminer si le héros de ce roman très beckettien fait uniquement figure d'handicapé social ou s'il ne serait pas au contraire un rien tordu et manipulateur... A vous de voir !

F.A.

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