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Roulette russe

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Une actualité de Sylvie
Publié le 24/08/2013

roulette-russe.jpgJe ne vous raconterai pas le prochain livre d'Alain Monnier, ce ne serait pas lui rendre un joli service en limitant son livre à une simple histoire... que je vais néanmoins vous laisser entrevoir afin de vous donner envie d'y aller voir de plus près. Je vous raconterai (à paraître chez Flammarion en août) est une confession, le texte laissé derrière lui par un homme sans qualités devenu presque contre son gré l'objet d'un culte étrange: la chance lui a souri au-delà du possible dès lors qu'il a joué sa vie à la roulette russe devant un parterre hétéroclite de parieurs sans scrupules. S.D.F. qui a subi de plein fouet la violence de la société moderne rompue à balancer hors du système ceux que la chance abandonne un matin (chomage, traites impayées,expulsion, divorce, la litanie infernale qui terrorise désormais les populations menacées par ce spectre qui rôde sur tous les écrans), notre héros, philosophe pas encore totalement englouti par le désabusement et clodo sans délire, suit un soir le manteau d'alpaga d'un géant qui a compris qu'au bout du rouleau son vis à vis ne déclinerait pas l'offre monstrueuse qu'il lui ferait. C'est le début d'une folie racontée avec finesse et sans colère par un homme devenu étranger à notre monde parce que vainqueur sans cesse de la mort et en même temps exemplaire de ce monde-là où la mort devient spectacle. L'étonnement provient aussi de la désillusion qui anime le héros qui a compris en rédigeant ses mémoires que ceux à qui il les destine n'en ont "rien à faire" car nous n'avons à faire que de nous-même : "c'est sinistre mais c'est ainsi que vous êtes, que nous sommes", lâche-t-il. "Nous traversons la vie dans une cruelle solitude en essayant vainement de partager ou d'aimer autrui mais sans jamais échapper à la démesure de soi. A la pathétique boursouflure." Réunis par le sentiment d'absurdité de la vie, auteur, narrateur et lecteurs deviennent complices, les deux premiers obligeant les derniers à affronter cette histoire morale. La réussite d'Alain Monnier qui pratique l'art de la retenue sans s'interdire l'indignation tient à ce ton qu'il adopte tout au long du roman, mélange de compassion et de provocation : il nous plonge dans la nausée de notre époque et en indique dans le même mouvement l'issue incertaine. Un peu de pessimisme dans un monde qui raille l'optimisme ne peut pas faire de mal. Nous vous raconterons si à la rentrée Alain Monnier aura gagné son pari.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !