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Sauve qui fleur

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Une actualité de Anaïs
Publié le 21/09/2015
sauf les fleursDans la préface de Sauf les fleurs de Nicolas Clément, offerte par Valentine Goby, nous retrouvons cette phrase de Paul Valéry : "le poème est une hésitation prolongée entre le son et le sens". Oeuvre en prose mais tissée d'images et de percées poétiques, Sauf les fleurs a la beauté cruelle de l'Epiphyllum, fleur éphémère à la sensualité dérangeante qui ne s'ouvre qu'une nuit par an. "Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m'appelais Marthe, mon frère s'appelait Léonce, né un mensonge après moi". Le drame de Marthe  est amené par ce "né un mensonge après moi" : pour être aussi économe, il faut être poète, il faut avoir mâché et remâché une idée, qui n'est pas encore des mots mais plutôt une pelote de sensations. Ce mensonge, on le comprend plus tard, c'est l'absence d'amour, la violence du père sur la mère, adorée. Avec une fragilité féroce, la langue de Nicolas Clément se tient en équilibre sur l'arrête du monde de Marthe. La violence c'est d'abord un choc : l'esprit, hébété, a du mal à accepter que le mal existe. Il faut donc faire diversion, créer des parades, des excuses, des fictions pour contourner son existence, pour un jour réaliser qu'elle s'est, goutte à goutte, infusée dans les chairs, et que l'innocence n'est plus. Qui paiera le prix de sa disparition ? "Au village court le bruit qu'on se cherche en parlant, que l'on gagne ses larmes en lâchant prise, à condition de partir pour la ville et de payer en souvenirs. Chaque mercredi, le frère d'Etienne, qui ne veut plus manger, prend le train avec sa tortue Jeanne. Rue Vignon, une femme anglaise ouvre la porte et le frère d'Etienne s'allonge sur un divan pour apprendre le goût d'avoir un cartable et des amis comme nous" On pense à La bâtarde de Violette Leduc, à la fois pour l'enfance misérable et piétinée, pour l'amour qui affranchi de la famille, pour la littérature qui bouleverse, mais aussi pour ces images, pour la surprise provoquée par la combinaison de certains mots. Faire bifurquer la langue pour ne plus être banalisé, pour -r-éveiller l'esprit aux mots, leur poids, leur sens. Nicolas Clément est agrégé de philosophie. Paru en 2014 Sauf les Fleurs est son premier roman, couronné du prix Emmanuel-Roblès, lauréat du premier roman de Chambéry et du prix Metro Goncourt. Il est aujourd'hui disponible aux éditions Libretto et préfacé par l'auteur Valentine Goby. Vous pouvez regarder ici la vidéo que nous avions réalisé avec l'auteur.   https://www.youtube.com/watch?v=nHbqnaBqQVw  

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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