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Savoir-faire et savoir-vivre

1815_savoir-faire-et-savoir-vivre
Une actualité de David V.
Publié le 30/08/2013

Hedi KaddourWaltenberg avait été un choc lors de sa parution en 2005 et nous ne cacherons pas avoir guetté avec fébrilité le retour sur la scène romanesque de son auteur, Hedi Kaddour. Ce mois de janvier sera peut-être le sien puisqu'en plus de son nouveau roman, il nous convie également à le suivre durant une année, 2008, à travers les notes, les fulgurances, les impressions glanées tout au long des jours : Les pierres qui montent, notes et croquis de l'année 2008.

Mais pour l'heure c'est son bref roman, loin de l'ambition affichée avec le polyphonique Waltenberg, qui a retenu notre attention. On y retrouve l'intelligence narrative de Kaddour qui a un don manifeste et confirmé pour l'entrecroisement de la petite et de la grande Histoire. Les scènes d'exposition ne nous renseignent pas exactement sur le sujet du livre, elles nous confrontent aux conséquences de la tourmente de 14-18 avec un défilé d'anciens combattants porteurs d'une allégorie dont le sens ne nous est pas tout de suite accessible. Nous sommes en 1930, le temps de nouveaux périls approche. Le mystère et le charme puissants de l'oeuvre de Kaddour tiennent précisément dans cette manière de susciter notre curiosité en repoussant le moment de l'explication. Nous attendons avec les protagonistes d'être en face de la réalité pour en mesurer toutes les nuances. Deux personnages attirent l'attention. Et ils sont tous deux observés par deux autres personnages. Les histoires qui cheminent, ce que nous apprenons d'un homme d'une part, héros de la Grande Guerre devenu membre actif d'un parti fasciste anglais, et d'une femme de l'autre qui fait la difficile expérience de la condition féminine où indépendance rime souvent avec misère, semblent ne jamais devoir se croiser au fil de rapides chapitres (cent-vingt huit chapitres pour onze parties). Un coup de théâtre nous attend pourtant qu'il faut bien entendu éviter de laisser entrevoir, d'où une certaine difficulté à aborder ce livre... Car outre la fine analyse d'une époque troublée où des certitudes insupportables (et qui deviendront dangereuses) émergent tandis qu'un certain cynisme se répand, Savoir-vivre est avant tout un tableau, dyptique mystérieux sur les faux semblants, sur cet art de tromper qui devient du grand art. Confirmation à peine nécessaire tant Waltenberg démontrait une maîtrise achevée de la pratique romanesque (un vrai savoir-faire), ce roman, à lire d'une traite, sera sans aucun doute un des événements de cette rentrée d'hiver : ambitieux, surprenant, élégant, que demander de mieux pour entamer l'année en beauté ?

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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