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Seule avec trois hommes

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 09/05/2013

christain_oster_21.jpgPrenez un premier homme, Serge, qui réside dans un appartement à Paris. Inventez-lui une femme dont il s'est séparé il y a deux ans, Marie, et qui vit à Barritone, en Corse. Alors que ceux-ci ne communiquent plus que de façon très espacée et généralement sur le mode scriptural, voilà que Marie contacte Serge par téléphone. Le prétexte ? Elle souhaiterait vivement que celui-ci lui amène une chaise ayant appartenu à son père, bien qu'elle ne se fut manifestement pas souciée de la récupérer par le passé. Ajoutez-y un coup de fil de Marc, une connaissance de Serge, tous deux ayant à leur actif pas mal d'heures à jouer au tennis, et quelques unes de plus à boire des verres ensemble. La raison de son appel ? Proposer à Serge de l'accompagner faire du canoë en Ardèche, projet qui ne tente pas vraiment notre homme. Le premier va plutôt suggérer au deuxième qu'il l'accompagne en Corse, ce à quoi Marc acquiesce sous réserve qu'un troisième homme, un ami de longue date et ancien funambule qui répond au nom de Cyril Kontcharski, puisse se joindre à eux. Vous avez là les éléments de la situation initiale du dernier roman de Christian Oster intitulé Trois hommes seuls, qui paraîtra le 11 septembre prochain aux Editions de Minuit.

L'auteur de Mon grand appartement et d'Une femme de ménage, que l'on sait friand de combinaisons humaines improbables et de situations incongrues, nous régale avec le récit a minima de cette équipée ad hoc : tout d'abord le trajet en voiture de Paris à Nice, avec une halte du côté d'Avignon, puis la traversée en bateau jusqu'en Corse, et enfin le séjour sur l'île. Quel bonheur que de suivre les pérégrinations de ces trois homme seuls, que l'on sent un peu plus égarés au fil des pages ! Car ils sont attachants, dans leurs tergiversations et leurs va-et-vient incessants, et l'on est aveuglé par un constat somme toute très simple : la vie de ces hommes est un immense chantier. En témoignent de nombreux symboles : la chaise bancale, la valise cabossée qui contient le câble du funambule - deux objets insolites et encombrants qu'ils traînent de Paris à Barritone -, la maisonnette en travaux... Tant et si bien que le lecteur est forcé de se demander d'une part lequel est le moins déséquilibré des trois, et de l'autre, si la cause de leur mal-être est directement liée à l'absence de femme dans leur vie... Un peu facile, me direz-vous avec raison dans la mesure où les personnages féminins, s'ils semblent plus épanouis que ces messieurs, ne le sont sans doute qu'en apparence.

Ce roman riche en symboles ne consiste-t-il pas en une parfaite illustration de nos démêlés à tous en tant qu'Hommes ? Le modus vivendi de ce trio qui favorise une approche pas-à-pas de la vie, proscrivant toute sorte de plan à long terme clairement déterminé pour se nourrir au contraire de rencontres fortuites ne reflète-t-il pas le comportement normal de tous ceux qui se cherchent ? Car c'est certainement là l'un des points forts de Christian Oster, qui parvient en moins de deux cents pages à nous faire embrasser de tout coeur les imperfections des Hommes, nous ravissant une fois de plus avec cette valse d'hommes et de femmes qui tournent en rond et se tournent autour pour notre plus grand bonheur.

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