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Shepard vs. Drake

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 25/03/2016

Evan Shepard est un bon à rien passionné de mécanique et de voitures. Marié très jeune à une adolescente follement éprise de lui qu'il a eu la mauvaise idée de mettre enceinte, le héros de Un été à Cold Spring a tôt fait de divorcer et de retourner vivre chez ses parents. Puis, un jour qu'il accompagne son père dans un centre d'ophtalmologie dans le sud de Manhattan, sa voiture tombe en panne, ne leur laissant d'autre choix que de sonner à la première porte venue pour appeler une dépanneuse. A priori bêtement anodin, cet événement va pourtant bouleverser le cours de son existence. La femme qui leur ouvre sa porte et les invite à pénétrer dans son domicile avec tant d'empressement n'est autre qu'une névrosée assoiffée d'amour qui semble bel et bien souffrir d'incontinence verbale. Mère de deux adolescents très solidaires, Rachel et Phil, Gloria Drake règne en maîtresse incontestée sur sa petite maisonnée (elle a divorcé il y a plusieurs années). Avec sa belle gueule, Evan ne manque pas de séduire Rachel, avec qui il finit par se marier avant de s'installer à Cold Spring dans une grande maison humide qu'il partage avec sa belle-famille, non loin du du domicile de ses propres parents, manifestement condamné à mener une existence des plus ordinaires indéniablement placée sous le sceau de la désillusion.

On retrouve bien dans ce roman la patte de Richard Yates, qui nous avait déjà conquis avec ses deux romans - La fenêtre panoramique (adapté à l'écran par Sam Mendes en 2008) et Easter Parade - ainsi que son recueil de nouvelles, Onze histoires de solitudes. Les femmes qu'il met en scène sont des personnages complexes, un rien instables, devant lesquels les hommes s'inclinent le plus souvent. Quant à ces derniers, Yates ne manque pas de nous les dépeindre comme des êtres somme toute plutôt décevants qui ne parviennent jamais vraiment à se rendre maîtres de leur destin. Généralement dénués d'ambition, ce sont les victimes idéales du rouleau compresseur américain. Alors qu'ils rêvent de participer à l'effort de guerre - nous sommes en 1942 -, l'armée les réformes à cause de leurs faiblesses physiques. Dans tous les cas, quel que soit leur milieu social, les cellules familiales ont bien souvent volé en éclat et si elles résistent encore, les bouteilles de bourbon, de gin et de sherry ne sont jamais bien loin...

Publié aux Etats-Unis en 1986, c'est-à-dire six ans avant sa mort, ce dernier roman de Richard Yates retranscrit avec autant de brio que de réalisme l'atmosphère d'une époque - la fin des années 1930 et le début des années 1940 - marquée par la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, où les grandes espérances ont assurément cédé la place aux illusions perdues.

F.A.

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