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Sillage en rafale

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013
Pierre Mac Orlan, Thomas Hardy, Ivan Tourgueniev, Camillo Boito

 

 

Joli tir groupé pour la petite maison parisienne Sillage, petite mais sans complexe face aux grands noms qu'elle aligne avec constance depuis sa création. Partisan d'une ligne graphique épurée qui fait seulement varier la couleur du "s" initial, l'éditeur sort sous sa blanche couverture quatre chefs-d'oeuvre, rien de moins, sauvés du relatif (quoique temporaire sans doute) oubli auquel leurs maisons d'origine les condamnaient.

 

 

Par ordre de taille (critère objectif qui nous évite le risque du podium), nous avons tout d'abord Senso de Camillo Boito, un livre sublimé par la caméra de Visconti en 54 qui nous plonge dans la Venise autrichienne du XIX° siècle avec une histoire de délicieuse et implacable vengeance de femme bafouée. Si les images viscontiennes s'imposent à nous, ce court roman offre sa grâce qui témoigne du renouveau de cette littérature italienne fin de siècle (le livre date de 1883).

 

 

Tout aussi célèbre, Dimitri Roudine, évadé pour quelques temps du catalogue de Stock où il a tellement rosi dans la petite cosmopolite qu'il a disparu des étagères, nous revient dans la traduction d'origine. Là encore il est question de passion et personnage beau parleur : le héros de Tourgueniev, ce Polonais dont on saisit mal les mobiles et que l'on soupçonne des pires intentions à l'égard des jeunes filles, cache peut-être un grand coeur. Ne lui manque-t-il pas cependant le lieu et l'heure pour éprouver sa bravoure autrement que dans la conquête de salon ? L'éditeur nous dit que ce livre "marqua durablement" le jeune Henry James, on le croit volontiers.

 

 

Plus épais, un grand roman de Thomas Hardy, à notre avis le plus grand des Victoriens (mais le débat est ouvert...) : Le Maire de Casterbridge , épuisé en folio et repris dans sa traduction d'époque (doit-on s'y fier ? de 1922 et signée Philippe Neel, elle prête à la suspicion des traductions de l'époque parfois un peu légère sur l'intégrité du texte mais sa finesse la sauve du doute) renaît pour le plus grand bonheur des défenseurs et inconditionnels de l'auteur de Tess d'Urberville dont nous sommes. S'il n'est sans doute pas le meilleur des romans de Hardy, il possède assurément un vibrato et une puissance peu commune. L'an passé Corti avait sauvé de l'oubli Le retour au pays natal qui s'ouvrait par une ahurissante scène d'exposition, travail d'orfèvre qui soufflait le lecteur conquis par un champ de vision multiplié. Avec cet autre roman, Hardy confirme sa puissance de feu en nous imposant un anti-héros dérangeant parce qu'échappant au manichéisme auquel nous aimerions le réduire. Le genre de livre à lire à la campagne, à l'abri d'un chêne centenaire.

 

 

Et pour finir un célèbre auteur français fort méconnu que tout le monde pense avoir lu à un moment ou un autre mais sans en être certain. Pierre Mac Orlan est désormais étudié par des collégiens (ah ! ce bon chien jaune...) ou des adultes traversés par la nostalgie des rêves d'adolescent, c'est fort bien mais c'est terriblement injuste. Pour preuve cet épais et courageux volume qui réunit pas moins de cinq romans (La maison du retour écoeurant, Le Rire jaune, La Clique du café Brebis, La Bête conquérante et Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin, le tout réuni sous le titre Le Rire jaune et autres textes) des débuts de l'écrivain (entre 1911 et 1920) où se fait encore sentir le poids des influences mais aussi tout le génie de cet auteur caméléon à l'aise dans tous les genres tant qu'il est question de liberté. Grâce à Sillage, inutile de courir les bouquinistes pour rassembler ces titres, compagnons idéaux d'un été aventureux. D'autant que c'est le précieux et hyper cultivé Sylvain Goudemare qui en a établi l'édition critique. Indispensable, vous dit-on...

 

Bref, avec ce quartett de chefs d'oeuvre, Sillage fait acte de salubrité littéraire et nous l'en remercions.

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