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Simenon, tome III

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Une actualité de David V.
Publié le 16/03/2016
Simenon, Pedigree et autres romans
  

Il y a aura donc un troisième Simenon en Pléiade. L'arrivée du prolifique père de Maigret au sein de cette collection qui fait fantasmer depuis des décennies auteurs et héritiers, spécialistes et amateurs éclairés, avait suscité une certaine émotion chez les puristes de la Littérature qui voyaient d'un oeil inquiet cet auteur de polar (comme on dit pour faire vite mais aussi pour faire à part...) côtoyer Shakespeare d'une part et Claude Simon de l'autre. Comment ? Georges Simenon, ce maniaque de l'écriture, ce rouleau compresseur de l'intrigue, allait gagner l'immortalité reliée cuir ? Bien a pris à Gallimard si on en juge par l'impressionnant succès rencontré par les deux volumes et le coffret les réunissant. Et puis pourquoi ne pas avouer que ceux qui le snobaient effrontément au nom de la bienséance littéraire trouvèrent enfin une raison et une légitimité pour aller y plonger et s'en délecter, découvrant sous l'apparente facilité un véritable écrivain à la tête d'un univers cohérent et complexe, possédant une écriture qu'on enseignerait volontiers à nos besogneux débutants, analyste d'une civilisation dont rien ne lui échappe sous couvert de faits divers à élucider (on soulignera d'ailleurs la sortie en deux volumes aux Presses de la Cité de ses Romans américains composés après la guerre et qui valent toutes les analyses sociologiques sur cet empire vainqueur dont Simenon détectent les premières fissures). Cependant il n'était question que de deux volumes qui opéreraient un choix terrible dans les centaines de titres du fameux fumeur de pipe (et le choix dut être ardu, et les mécontents nombreux, comme de bien entendu) : le Meilleur pour la postérité et les bibliothèques des honnêtes hommes. La résolution - mais est-on bien certain de ce que nous avançons ? - n'a pas résisté à l'enthousiasme et voici donc, à quelques jours de lancer la Quinzaine de la Pléiade (cet année Album Quête du Graal), un volume nommé Pedigree et autres romans qui nous indique clairement l'intention des éditeurs : s'intéresser à l'aspect autobiographique de son oeuvre. Pedigree est un roman totalement à part dans la vaste corpus de Simenon : "exceptionnellement long" comme le soulignent Jacques Dubois et Benoît Denis qui ont établi l'édition, c'est avant tout une autobiographie romancée, "reprise de ce Je me souviens... que l'écrivain publia en 1945 et où il narrait sans fard son enfance à l'intention de son fils". C'est aussi une manière de saga ou tout au moins de premier volume à ce qui aurait pu devenir cette saga des petites gens dont il rêvait, bref un objet littéraire unique dans la production du célèbre Belge où sa ville natale, Liège, joue un grand rôle. L'ambition affichée n'a pas résisté au réalisme ou au rythme imprimé par l'auteur, il n'en reste pas moins que ce Pedigree est un tournant qui permettra aux plus incrédules de découvrir les singulières qualités de Simenon et aux simenoniens d'avoir des pistes pour comprendre l'architecture générale et particulière de sa comédie humaine. Les autres titres retenus pour cette édition viennent éclairer à leur manière cette dimension cachée : Les gens d'en face, Les trois crimes de mes amis, Malempin, La vérité sur bébé Donge, Les complices, Les autres et La chambre bleue ne sont pas tous inspirés par la vie de Georges Simenon mais ils partagent les "mêmes données sociales" et ne s'inscrivent pas dans le schéma classique chez lui de la "déviance" que traversent la plupart de ses héros ; ils témoignent pour certains de ses tentations, de son attrait pour le danger et l'interdit qu'il a longés sans y céder. Cela fait beaucoup de raisons pour ne pas tarder, malgré son prix (mais c'est la période de lancement), à l'acquérir, au risque prouvé (j'en témoigne) de renouer avec une addiction connue des lecteurs de Simenon. En lire un en appelle un autre, c'est fatal. Mais il y a des addictions plus difficiles à subir...

Petit scoop pour finir, Pierre Assouline prépare pour la rentrée prochaine un dictionnaire Simenon très singulier puisqu'entièrement composé par des extraits de son oeuvre, un travail colossal que seul un vrai spécialiste comme Assouline pouvait oser.

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