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So british

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 25/09/2010

nicholas daneQuand Melvin Burgess peint les misères de l'enfance et se réfère sans fards à Dickens et à son Oliver Twist cela donne un des romans les plus enthousiasmants de cette rentrée 2010 : Nicholas Dane.

So british ? Oui, mais  pas dans le sens victorien du terme dans lequel on utilise l'expression habituellement. Ici, point de tasses de thé et de scones à la double crème mais la réalité bien contemporaine des quartiers pauvres de Manchester où une maman peut mourir d'une overdose pendant que son fils est - pour une fois - à l'école.

Nicholas Dane, sans famille désormais, est donc placé dans une espèce de Home pour enfants qui n'a de chaleureux que le nom. Dans cet endroit où l'humiliation et la brutalité règnent en maîtres et sont prodiguées tant par les  élèves que par les "éducateurs", seul le directeur adjoint apporte un peu de réconfort à quelques garçons choisis par ses soins. Du chocolat, des cigarettes, des parties de cartes... du bonheur en somme. Sauf que le doucereux M. Creal prépare le terrain pour les soumettre à son horrible projet : abuser d'eux et les soumettre à sa loi.

Nicholas Dane a sous la plume féroce de Melvin Burgess une âme de survivant et donne ainsi à son auteur la possibilité d'offrir un final assez positif au roman. Mais quel enfer ! Et combien d'enfants, comme le fragile personnage d'Oliver en auront été les victimes ?

Pour sa dénonciation virulente des violences sexuelles faites aux jeunes dans le cadre des maisons d'accueil,  Burgess a choisi de s'en référer à ce monument de la littérature anglaise qu'est Oliver Twist : on verra ainsi apparaître les doubles contemporains de Fagin dans le personnage de Shiner (toxicomane abritant Nicholas après sa fuite), Nancy dans le personnage de Stella qui aura la même fin tragique et violente que son modèle dickensien et mourra sous les coups de l'épouvantable et terrifiant Jones, réincarnation du ténébreux Bill Sykes.

Melvin Burgess dénonce une société qui produit de la violence et brosse le portrait de ses victimes avec une finesse psychologique qui, comme toujours, l'honore : la culpabilité, la honte, la solitude des victimes d'abus sexuels qui sont dans l'incapacité d'apporter les preuves des violences qui leur sont faites donnent des envies de révolte et la plume ardente et engagée  de ce grand auteur britannique s'élève une fois de plus comme celle d'un témoin et celle d'un homme en colère. Un roman dur, aux scènes violentes mais qui porte un regard essentiel sur des souffrances bien réelles.

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Véronique D. (282)

Véronique n'est peut-être plus adolescente depuis longtemps mais a développé une passion sans borne pour ce secteur de l'édition. Aussi passionnée de littérature victorienne que de westerns, elle aime la fiction sous toutes ses formes mais peut-être plus encore les balades en forêt au petit matin.

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Marie-Aurélie adore la littérature américaine et les romans noirs. Elle aime écouter de la musique déprimante des années 80 et changer de couleur de cheveux.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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