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Soleil trompeur.

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Une actualité de Sébastien
Publié le 16/03/2016

Oui, assurément, la mort d'un poète bouleverse l'équilibre du monde. Et la disparition tragique du poète Mandelstam  est l'un des moments les plus sombres de l'épuration - systématique, raisonnée - de la vie culturelle de l'empire soviétique. Staline, son instigateur, veilla ainsi à ce que cette mort anonyme loin de Moscou n'éveille aucun écho susceptible d'ébranler ce "colosse aux pieds d'argile" dont il détenait  le destin entre ses mains. Cependant,  la mémoire des hommes est pareille à une source d'eau vive : on l'imagine tarie mais elle affleure et rejaillit plus fraîche et plus pure qu'avant.  Le poète et son oeuvre connurent un long purgatoire comme ce fut longtemps le cas des oeuvres des opposants au régime et seule l'oralité (son épouse Nadejda apprit par coeur tous ses textes jugés les plus subversifs) permit à ses poèmes de circuler et de faire entendre la voix exceptionnelle de ce résistant de l'esprit qui osa s'opposer à Staline, "le Montagnard du Kremlin" comme il le baptisa dans l'un de ses poèmes signant de ce fait son arrêt de mort. mandelstam_arrestation-1934.jpgnage, nous livre ici une version haute en couleurs des dernières années de la vie du poète. Nous découvrons dans ces pages un homme terriblement drôle et sensuel, épris d'idéalisme, convaincu de sa mission de dénoncer les menées staliniennes mais aussi dépassé par son propre destin et par la mission qu'il a décidée de mener jusqu'au bout. Ce roman polyphonique fait entendre son épouse Nadejda, ses amis en poésie, Anna Akhmatova et Boris Pasternak, mais aussi ses bourreaux et d'autres victimes de la folie d'un seul homme et de son régime.  Chacun témoigne ici de la vie du poète, de son quotidien, de ses choix, de ses joies et de ses peines, autant de confessions qui relèvent de l'acte d'amour et d'amitié, du rapport froid et partial du bourreau accomplissant une tâche administrative ou du compagnon d'infortune témoignant de l'enfer concentrationnaire. A la fois lumineux et grave, bouleversant de simplicité et d'humanité, ce roman est à l'image d'un idéal et d'une oeuvre dans lesquels Mandelstam choisit de s'incarner et de vivre son destin.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?