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Souriez, vous êtes filmés

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

camera.jpgNotre curieuse manie française de classer les auteurs dans des cases d'où ils sont quasi indélogeables joue de vilains tours à ceux qui aiment bousculer les genres. J.G. Ballard est sans doute une victime de ce syndrome car s'il s'est fait un nom dans la science fiction, il n'a jamais renoncé à produire des oeuvres exigeantes en littérature (comme si la SF, d'ailleurs, devait ne pas être de la littérature...). On se souvient de Crash! Millenium people et La foire aux atrocités, ce roman au long cours cent fois repris par l'auteur. Tristram dont on ne finit pas de louer les intelligentes initiatives (songeons à la réédition des Mark Twain) a eu cette fois ci le bon goût de ressortir, pour accompagner le premier volume des Nouvelles du brillant britannique, Le Massacre de Pangbourne titre donné par Belfond en 1992 au bref roman Running wild ici traduit par le percutant Sauvagerie qui a le mérite de nous renvoyer à la notion de (bon) sauvage chère à ce naïf de Jean-Jacques. Car si les enfants sont bien absents des débuts du livre, leur présence se fait soudain plus violente quand nous obtenons (honnêtement sans grande surprise) le fin mot de cette histoire de massacre collectif : dans la petite cité idéale imaginée par Ballard, ce monde merveilleux entouré de clôtures et gardé par des maîtres chiens, sécurisé par des caméras auxquelles rien n'échappe et surtout pas le bonheur qui suinte des vastes allées bien entretenues, des belles voitures, des jardins merveilleux, des intérieurs raffinés, du luxe intelligent et des bonnes manières de cette élite concentrée à l'écart du siècle et de sa...sauvagerie, toute vie a été systématiquement réduite à néant et chacun a eu droit à sa mort, par électrocution, arme à feu, arme blanche, piège, etc... tout le monde donc, sauf les enfants qui se sont évaporés et ont été mystérieusement épargnés par la furie qui s'est abattue, durant vingt minutes à peine,  sur cet endroit d'où toute violence apparente avait été bannie. Il va falloir la ténacité d'un psychiatre à même de dépasser les a priori de la police scientifique pour résoudre la double énigme du massacre et de la disparition. Sans être un roman policier car les fils qui cousent le mystère sont bien blancs, Sauvagerie est surtout une terrible réflexion, débarrassée de ses arguments et de sa théorie, sur la folie policée des sociétés convaincues d'avoir vaincu les démons de la violence en les niant. Petit roman philosophique ultraviolent mais pas complaisant, ce texte de Ballard qui se voulait annonciateur d'une pente sinistre (le texte date de 1988) n'a pas perdu de son inquiétante puissance. C'est bien une des constantes de cet écrivain, il ne se trompe guère, d'où l'urgence de le lire.

J.G.Ballard photo Guardian

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