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Sur les traces d'Anaïs Nin

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/11/2014

La Habana - MaleconC'est l'histoire de deux femmes.

La première nous avait séduit en 2008 avec Tout le monde s'en va, journal intime d'une adolescente qui grandit dans le Cuba des années 1970-1980 alors que les habitants se mettent peu à peu à déserter l'île. Les lecteurs, et les lectrices, surtout, avaient été émus par le récit de cette enfance difficile, et sensibles à cette écriture particulièrement poétique. L'année dernière, elle avait récidivé avec Mère Cuba, qui nous plongeait dans l'histoire pré-révolutionnaire de l'île de Castro.

Si la deuxième, quant à elle, n'est plus de ce monde depuis presque quarante ans, sa renommée n'en est pas moins grande. Surtout connue pour ses journaux, son nom, qui a été associé à ceux de Henry Miller, Lawrence Durrell et Antonin Artaud (entre autres) est souvent cité dès lors qu'il s'agit d'évoquer la littérature érotique féminine.

Alors que se passe-t-il quand ces deux femmes se rencontrent à travers la littérature ? Cela donne un journal intime fictif signé par Wendy Guerra, dans lequel l'auteur imagine ce qu'Anaïs Nin aurait pu écrire lors de son séjour à Cuba au début des années 1920. Elle l'imagine, en effet, parce que les notes prises par la jeune franco-américaine pendant cette période sont tout sauf pléthoriques. Redoutable concentré des principaux tropismes de la voix montante de la littérature cubaine contemporaine (on retrouve notamment l'attachement à Cuba, le côtoiement des cercles artistiques, une enfance délicate, le passage à l'âge adulte, et bien sûr, la forme du journal intime), Poser nue à La Havane fait partie des livres phares de la rentrée étrangère Stock, de même que la réédition des journaux de jeunesse d'Anaïs Nin, qui devrait paraître au même moment, c'est-à-dire le 22 septembre prochain. Comme on peut le constater en lisant le livre de Wendy Guerra, ce séjour cubain à cheval sur 1922 et 1923 devait propulser la jeune Anaïs dans le monde des adultes. En effet, tandis que les premières pages font une belle part à la relation de la jeune femme avec sa mère et à la quête obsédante de son fantôme de père, on en apprend un peu plus sur les circonstances de son mariage avec l'Américain Hugh (Hugo) Parker Guiler et sur sa découverte de la sensualité et ses premières explorations sexuelles. Alors qu'on a souvent l'image d'une femme affirmée, c'est plutôt le portrait d'un être en proie à des incertitudes et à des questionnements continuels qui est ébauché ici - "Chargée de doutes, de questions. Je suis un fardeau de douleur en marche," peut-on lire dès les premières pages. Le ton est donné. Wendy Guerra se plaît à imaginer les réflexions que la jeune femme a pu développer par rapport à sa propre famille, son futur époux, ses rencontres en tout genre, mais également son goût pour l'écriture, son choix de l'anglais au détriment de l'espagnol et du français... "Je possède mon don, le don d'écrire ce que je pressens. L'immédiateté gonfle entre mes mains, me parfume pendant que j'écoute la dictée qu'elle inspire." Même si elle prétend venir toujours tard à ce qui l'attire, à tout juste vingt ans, elle écrivait déjà depuis longtemps.

Alors que l'on voit se multiplier les romans sous forme de biopics (1), que penser de ce journal intime apocryphe ? Si l'on est animé par une quête de vérité, on a peu de chance de trouver son bonheur entre les pages de ce livre. En revanche, dès que l'on accepte l'importante part que tient la fiction dans Poser nue à La Havane, on peut pénétrer dans ce livre et admettre que la superposition des sensibilités de ces deux femmes donne lieu à un roman des plus efficaces.


(1) Pour ne citer que quelques unes de ces biographies romancées, on peut penser aux romans de T.C. Boyle et de Nancy Horan sur Frank Lloyd Wright, ou encore aux derniers romans de Jean Echenoz.F.A.

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