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Symphonie affamée

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Une actualité de David V.
Publié le 19/09/2013

C'est à une Néo-zélandaise exilée à Berlin que l'on doit enfin un roman de belle tenue sur l'immense Chostakovitch, compositeur torturé qui survécut à son bourreau Staline pour mourir sous Brejnev. La symphonie de Leningrad de Sarah Quigley qui sort au Mercure de France s'attaque à un épisode glorieux et terrible de la vie du compositeur de Lady MacBeth. Réfugié à Leningrad, celui-ci ne peut échapper à l'emprise du régime sur son génie qu'on a décidé de mettre au service non plus seulement de la Révolution triomphale mais de l'effort de guerre. Les Allemands vont assiéger la cité pendant près de mille jours, provoquant une famine terrible et portant à son incandescence l'esprit de résistance d'un peuple qui n'a pas le droit de se rendre. Au milieu du tumulte, des bombardements, des errements d'une population qui apprend le traumatisme quotidien, Chostakovitch doit créer, quoiqu'il en coûte quand bien même on punit ses musiciens en retard. Et s'ils crèvent de fin chez eux, il faut continuer, coûte que coûte. Le résultat sera la Septième Symphonie, cette oeuvre parfois furieuse et martiale, souvent lyrique avec ses élans de cordes douloureux. Stratège comme un roi de l'Antiquité, Staline ira jusqu'à la aire jouer devant les lignes allemandes pour que les assaillants, écoeurés qu'ion puisse encore nourrir un orchestre symphonique, imaginent la ville imprenable. Romanesque et à l'anglo-saxonne, le roman de Sarah Quigley transforme cette épopée musicale et humaine en livre d'aventure à la fois intérieure et extérieure, accumulant les dialogues pour tenter de percer le mystère de cet homme prêt à prendre un fusil et à s'engager dans les combats malgré sa vue basse et refusant les honneurs pour ne pas compromettre (mais est-ce possible en ce temps-là ?) son idée de l'art. On lira ce livre très agréable auquel manque peut-être le coup de génie dans ce silence très particulier qui suit l'écoute d'une grande oeuvre du fin Dmitri, mais qui donne surtout envie de replonger dans la création tourmentée (oh le joli cliché) de ce musicien qui plus qu'aucun autre est à l'image du siècle qui l'enfanta. Et pour illustrer ce rapide point de vue, un petit film du maestro, avec son air gauche, en 1941, et en pleine période créatrice.

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