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Tarantino sur la lune

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 19/03/2016

L’homme qui marchait sur la luneOn ne dira jamais assez l'admiration que nous vouons à la remarquable collection Totem des éditions Gallmeister. Complètement dévoués à l'esprit du nature writing chanté par Gallmeister, les libraires guettent chaque nouvelles parutions comme autant de potentiels coups de coeur. En secret, on frémit dans l'attente d'une fausse note, du titre qui décevra et qui fera tache dans le catalogue. Force est de constater que le dernier titre de la collection, L'homme qui marchait sur la lune de Howard McCord, n'est pas de ceux-là.

William Gasper, à l'image de l'insatiable Monsieur Sommer de Patrick Süskind, passe ses journées à marcher. Son terrain de jeu se situe au coeur du Nevada, dans un paysage désertique qui rappelle celui de la lune. Plus on en apprend sur ce personnage, plus il prend des allures  inquiétantes. Rescapé de la guerre de Corée, il a fait de la mort sa plus intime compagne. Tour à tour randonneur aguerri, tueur en série, paranoïaque, poète de la nature, psychopathe, William Gasper nous entraîne dans sa folie, à moins que ce soit dans son effroyable lucidité. Quand il se sent poursuivi par le chat Palug et la déesse Cerridwen - deux personnage de la mythologie Galloise - on sait que la marche frénétique de l'homme ne pourra être interrompue que par la mort. Le sang va couler, c'est une certitude. Le tout est de savoir qui sont les véritables victimes. L'homme qui a été traumatisé par la guerre ? Les illusions qui permettent de supporter l'existence ? Ceux qui poursuivent le tueur, sont-ils réellement sans reproche ?

Haletant, sidérant, le rythme de ce court roman - 136 pages - vous laisse essoufflé. Un critique avisé de l'Express a dit de ce roman qu'il ouvrait "une voie entre Thoreau et Tarantino". Nous rajouterons qu'il fait état d'une certaine compréhension du monde, la marche en avant de la tragédie balayant tout sur son passage. Peut-être est-ce  par ce type de roman métaphorique que l'on pénètre au mieux l'essence même de la marche et de l'existence.