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Tempête sur la ville

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Une actualité de Monica
Publié le 09/01/2018
Un roman coup de poing venu d'Angleterre, par une surdouée des lettres: Kate Tempest.
Une explosion. A l'heure du « tout pour la pensée positive » Kate Tempest vous oblige à ouvrir les yeux sur le marasme ambiant. Elle l'a fait en musique, slam, hip hop, en théâtre, en poésie. « Europe is Lost » disait-elle alors que le Brexit n'était pas encore une réalité. « Let them eat chaos » à défaut de manger de la brioche, clame-t-elle encore. Et grâce aux éditions Rivages et à la traduction de Madeleine Nasalik, elle vous instigue aujourd'hui en français, Ecoute la ville tomber.

« Regarde la ville s'écrouler pour se relever à travers la brume et les mains rouges de sang. Continue à t'accrocher à tes ballades sirupeuses en mode karaoké. Trouve ton talent. Traque-le, enferme-le dans une cage, donne la clef à celui qui a le pognon et félicite toi pour ton courage. Dandine-toi sur ta chaise, balance une œillade au type haineux que tu vas ramener chez toi de toute façon. Clame ta fidélité sur les toits. Rien n'est pour toi mais tout est à vendre, bats-toi la bouche pleine de cendres et touche le fond, tu finiras par prendre goût aux secrets et à la déception. Autour de toi on te vend du rêve et à la fin tu ne sens plus rien. Aspire, recrache, le mix parfait. Pique l'aiguille profond dans ta veine, essaie de prendre éternellement ton pied. Maintenant ferme les yeux et arrête.
Le problème, c'est que ça ne s'arrête jamais. »

Trop pessimiste pensez-vous ? Le pensez-vous vraiment ? Non, il s'agit seulement d'un constat d'échec, bien réel, lui, s'étirant sous nos yeux. J'en veux pour preuve les personnages de Ecoute la ville tomber, ni plus bêtes ni plus malchanceux que d'autres. Faisant juste partie de ce monde ahuri que nous partageons tous, qui semble avoir perdu tout sens commun.

Des histoires de vie somme toute banales, enfants de divorces, enfants de déceptions, essayant de bâtir un avenir différent, échouant. Enfants voulant croire à l'espoir. Le travail, quel qu'il soit, l'abnégation, la discrétion, la passion, toutes ces choses qui en théorie sont supposées fonctionner, se heurtent à la Vie. Quel sera le salut ? Rien ne se perd, tout se transforme, est-ce pour le mieux ?
Londres gentrifiée, froide, insensible et ses enfants qui s'accrochent.

Une superbe histoire d'amour pour couronner le tout, Harry et Becky sublimes, émouvantes jusqu'aux larmes, à elles deux un oasis de tendresse dans un monde formaté et froid, impitoyable.

Parler de l'écriture de Kate Tempest ? De son style incantatoire, entêtant ? Du regard implacable qu'elle pose sur le monde qui l'entoure ? On la compare à Janis Joplin, elle me fait penser à Jim Morrison : la fougue, la furie, la rage et d'un coup, la douceur, la poésie. Sa lucidité et la volonté de l'imposer à tous. Parce que si vos sens, pourtant sollicités de tous parts, « écoutez tomber », ne réagissent pas, il faut peut-être vous secouer un peu. C'est ce que Kate Tempest fait : elle nous secoue, réveillez-vous ! Que nous arrive-t-il ?

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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