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The girls

The girls de Emma Cline
The girls de Emma Cline
Une actualité de Marie-Aurélie
Publié le 18/08/2016
Sur une plage une femme s'est réfugiée dans la maison de vacances d'un vieil ami attendant un nouvel emploi. Une nuit des bruits suspects lui font comprendre qu'elle n'est pas seule dans la maison. Des jeunes gens, probablement, se sont introduits à son insu. Cette intrusion la pétrifie et semble la replonger dans son adolescence lointaine pour lui rappeler une autre intrusion, une autre nuit, un autre cauchemar...
Dans la chaleur de l'été californien Evie traîne son état adolescent dans une petite ville ennuyeuse. A l'âge où tout semble être possible Evie ne ressent que les limites de sa vie, de son entourage, de son corps, de ses perspectives. Sa mère récemment séparée se plonge dans les diverses et variées philosophies « new age » afin de conquérir les hommes qui croisent sa route ; quant à son père il reconstruit sa vie avec une toute jeune femme. Restent à Evie sa meilleure amie extravertie un peu boulotte et les fantasmes qu'elle nourrit à l'égard du grand frère de celle-ci.

L'autre monde
Alors qu'elle se trouve dans le parc de la ville, Evie croise la route de trois jeunes filles à peine plus âgées qu'elle qui ne ressemblent à personne d'autre. Leur robes sont déchirées, elles ont les cheveux longs et sales et elles fouillent dans les poubelles à la recherche de nourriture. Mais loin d'être honteuses de leur condition les trois jeunes filles partagent une fierté évidente, une insolence superbe et une beauté hors norme. Pour Evie qui ne sait rien de sa condition féminine, sexuelle et identitaire ces filles incarnent un idéal aussi effrayant que désirable. Quelques jours après cette apparition, Evie croise la plus belle et la plus insaisissable des trois filles et ne peut s'empêcher de l'approcher. Suzanne est amusée par cette toute jeune fille à peine sortie de l'enfance qui semble être prête à tout pour être acceptée dans son sillage. Après s'être par hasard rencontrée à plusieurs reprises elle l'invite au ranch où elle vit au sein d' une communauté dirigée par un certain Russell.

Le ranch, la famille et Suzanne
Fascinée par cet endroit et les personnalités qui y vivent, Evie passe de plus en plus de temps avec les membres du ranch en particulier avec Suzanne qu'elle idolâtre plus que quiconque. Russell est un homme mystérieux et malgré l'aura étrange qui plane autour de lui et les vagues rumeurs qui circulent à son sujet, Evie est transportée par le regard doux et attentif que Russell pose sur elle. Lui qui prône l'amour pour tous les enfants égarés dont il s'est fait le gardien endossant les rôles de père, amant et maître à penser pour toutes celles qui l'ont rejoint. Evie s'ouvre à la drogue, au sexe, à la découverte de soi par delà des frontières qu'elle n'aurait jamais espéré franchir. Et surtout elle est avec Suzanne. Evie se révèle à elle-même dans cet abandon total qu'elle éprouve avec Suzanne alternant l'amour, l'amitié, la soumission, l'apprentissage et la sensualité. Au ranch Evie rencontre aussi Mitch, musicien célèbre et ami de Russell avec qui il doit enregistrer un album. Mais le temps passe et le disque ne vient pas.

Si chacun aura reconnu en Russell et Suzanne des personnages qui dépassent la fiction, Emma Cline fait preuve d'une virtuosité peu commune en utilisant les crimes de la famille Manson pour délivrer un portrait intime et universel de l'adolescence. Les errements d'Evie sont symptomatiques d'une pulsion violente de mort et de sexe intrinsèque à la perte de l'innocence. La force de The girls est de faire d'Evie à la fois l'adolescente des années 60 et la femme trente ans plus tard modelée par l'adolescente qu'elle a été. Emma Cline sublime ici le roman d'apprentissage dans une ambiance à la Virgin Suicide de Sofia Coppola, grâce à une langue et une maturité qui n'est pas sans évoquer la période californienne de L'Amérique : chroniques 1960 1990 de Joan Didion. Un immense coup de cœur pour un très beau premier roman.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?