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To be or not taboo ?

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 09/05/2013

Edouard Levé  POLCe message s'adresse à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à la vie des écrivains qu'ils aiment lire, et à tous les autres... Impossible de faire l'impasse sur Edouard Levé. Vous en avez probablement entendu parler le mois dernier, à la sortie de son livre posthume intitulé Suicide, aux éditions P.O.L. Peut-être êtes-vous même allé jusqu'à l'acheter, mu par une certaine curiosité. Mais de là à oser le lire...

On sait que l'auteur s'est donné la mort quelques jours après avoir remis son manuscrit à son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens. On mesure le caractère autobiographique de ce dernier roman, adressé dès le début à un ami d'enfance de l'auteur, qui s'est suicidé à l'âge de 25 ans, d'une balle dans la tête. Mais ne redoute-t-on pas quelque part l'impact que la lecture d'un tel livre pourrait avoir sur soi ?

Suicide est donc un hommage rendu à l'ami de l'auteur, dont le nom n'est jamais révélé. "Ta vie fut une hypothèse, écrit-il. Ceux qui meurent vieux sont un bloc de passé. On pense à eux, et apparaît ce qu'ils furent. On pense à toi, et apparaît ce que tu aurais pu être. Tu fus et resteras un bloc de possibilités." Aucune révolte. Simplement une série de souvenirs ponctués de remarques sur les circonstances de sa mort. Un monologue qui se voudrait presque une conversation avec l'au-delà. Le tout dans un style fluide, détaché, épuré mais poétique, affichant perpétuellement un souci du mot juste. Le roman s'achève par une série de tercets dont on peut se demander qui - de feu l'ami d'Edouard Levé ou de celui-ci - est le véritable auteur. Si l'on devait n'en retenir qu'un seul, ne serait-ce pas celui-ci : "Le bonheur me précède / La tristesse me suit / La mort m'attend" ?

Que les choses soient claires : il ne s'agit en aucun cas d'une apologie du suicide. Cependant, la compréhension dont l'auteur fait montre à l'égard de ce geste, et ce malgré sa dimension violente et narcissique, fonctionne comme un signe avant-coureur, tout comme la mort précoce de son ami aura été annoncée par un certain nombre de présages. Au fil des pages, le lecteur se mue en un spectateur impuissant. En prenant son ami à la fois comme interlocuteur et comme objet, c'est finalement de lui-même que parle Edouard Levé. « Après coup, remarque son éditeur, je me suis aperçu que dans Suicide, il y a beaucoup de choses qui appartiennent à Édouard Levé. Ainsi l’expérience des trois jours de "vacance" dans Bordeaux - "vacance" au sens fort du terme, non au sens de loisir - est bien la sienne. » Et l'on sent qu'il n'a de cesse de donner une forme d'explication à ceux qu'il va laisser derrière lui, domaine dans lequel son ami avait échoué à cause de la fragilité du dispositif qu'il avait mis en place.[1]

Un livre véritablement superbe et profond sur un thème qui reste relativement tabou. En oserez-vous la lecture ?

[1] Citation reprise par Minh Tran Huy dans son article intitulé « Les lettres et le néant », paru dans le Magazine littéraire.

 

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