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Un certain Malaise

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Une actualité de David V.
Publié le 30/08/2013

On peut être entomologiste, écrivain et ne pas s'intéresser nécessairement aux fourmis qui ont fait la gloire en Corée de qui vous savez. Fredrik Sjöberg est suédois, il vit dans l'archipel de Stockholm et concilie avec grand talent sa passion pour les insectes et son amour de la littérature et des histoires, comme le prouve ce premier livre traduit en français aux indispensables Allusifs, Piège à mouches (traduit par Elena Balzamo). Un curieux livre qui mêle érudition légère et réflexions profondes sous prétexte de nous raconter la passion d'un homme pour la chasse aux syrphes que le profane confondrait facilement avec une mouche voire une guêpe à cause de ses rayures. N'y cherchez pas d'intrigue, de scène de crime (les Suédois se font certes une fortune avec des polars lénifiants mais certains résistent encore), de révélation autofictive douloureuse, ce livre n'en cache pas. En revanche, des vaticinations insulaires à la recherche de specimen rares, des digressions passionnantes sur ces farfelus qui ont, par leur obsession, fait avancer les sciences du vivant, des réflexions poétiques dénuées de catastrophisme sur la puissance de la nature, des récits biographiques, des anecdotes subtiles et déposées l'air de rien dans le lit d'un texte qui coule de source, vous en trouverez et beaucoup, au point de ne plus vouloir vous séparer de ce vade-mecum du petit chasseur de mouches. Un fantôme singulier hante néanmoins ces pages originales, celui de René Malaise, un Suédois comme son nom l'indique, génial inventeur de la tente à capturer les mouches qu'on a vue s'élever aux quatre coins du globe et qui a permis la découverte de milliers d'espèces passées inaperçues. Cet homme, fantasque et mené par ses lubies au point de quitter souvent les sentiers balisés de la logique, est la personnalité tutélaire du livre, celle qui nous rappelle que le génie ne supporte pas les carcans, dut-il être un génie de l'entomologie, et c'est lui que semble traquer et interroger le narrateur, séduit, étonné, irrité par ce bonhomme dont le nom s'estompe peu à peu des mémoires après avoir connu la gloire des aventuriers d'avant-guerre. Il est le parangon du collectionneur, cette espèce d'humain que Sjöberg tente de comprendre, et notamment les cas extêmes, ceux qui ne collectionnent qu'un objet unique.  Piège à mouches est un livre qui rendrait aisément bavard, qui inciterait à citer des extraits d'un livre déjà plein de citations. C'est avant tout un livre original  qui est une vraie révélation.