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Un chant venu de loin

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Une actualité de David V.
Publié le 19/08/2014

lenvoleuseCertains livres sourdent en grand silence, imposant leur beauté avec douceur, sans gesticulation ni démonstration. C'est le cas de L'envoleuse, premier roman signé Laure des Accords aux éditions Verdier qui fait montre d'une densité que sa brièveté, très travaillée, magnifie. Un souvenir obsédant est au coeur du texte, celui d'une fillette que sa différence rendait fascinante et troublante, elle qu'on appelait la grosse Gisèle, masse de silence obtus dont le corps attire les enfants et dont l'image et l'odeur sont toujours présentes aux sens de la vieille dame qui laisse parler sa mémoire devant nous tandis qu'agonise le vieux compagnon. Il y a quelque chose de poignant et de fort à écouter cette voix abimée qui essaie de comprendre la naissance de ses émois anciens face à cette "reine" en haillons qui ignore son pouvoir d'atteindre au plus profond de corps qui ne font que la croiser et qui ne se connaissent pas encore. Longue histoire d'amour née de l'enfance, l'union de la narratrice avec l'homme qu'elle accompagne vers la nuit a toujours été nimbée de ces souvenirs ambigus. Grandit-on vraiment à épouser le camarade des jeux enfantins, celui qui se moquait cruellement de leur Gisèle, à la fois leur chose et la maîtresse de leurs premiers tourments ? Que faire du fantôme qui ne renonce jamais à vous hanter, fantôme sans grâce aux allures de dondon montée trop vite en graine ? Sans nous expliquer, en laissant surgir des images fugaces, sans tendre droit tous les fils de cette fascination, Laure des Accords secrète une écriture du trouble, inventant des enfants dont elle parvient avec talent et sans effet à montrer de quelle manière le honteux désir vient à eux. Cette "envoleuse" traverse le livre de sa démarche lourde mais le magnifie d'une voix où l'on perçoit de l'inquiétude et de l'effroi, un effroi merveilleux dont les échos bouleversent une vieille dame seule face à son passé. Roman des amours qui n'en finissent jamais, L'envoleuse sera l'un des plus beaux premiers romans de la rentrée.

http://youtu.be/6m1FD4Gt6Z0

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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