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Un entêtant parfum de Violet

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

La nuit des saisons mortesOn peut être certain de ne pas perdre son temps quand on voit écrit sur la couverture d'un livre le nom de Jacques Finné. Désormais fidèle aux éditions José Corti, sa vaste culture anglophone nous a permis de découvrir des auteurs négligés voire carrément inconnus du domaine fantastique. On lui est ainsi redevable de la lecture de Sheridan Le Fanu (génial Oncle Silas), d'Amelia B.Edwards, de Mrs Riddell, de Henry Rider Haggard, il a préparé une fameuse anthologie de littérature victorienne (Fantômes des Victoriennes), c'est un vrai connaisseur d'Henry James et les nostalgiques de NéO se souviennent de ses travaux sur des auteurs bien négligés ces temps-ci. Bref, il est difficile pour quiconque se passionne pour le Fantastique d'ignorer cette figure, d'autant que ces préfaces, postfaces et autres introductions mêlent érudition et simplicité, qu'il n'y fait montre d'aucune cuistrerie et fait preuve d'un mordant bien éloigné des verbeux discours universitaires. Alors à l'apparition de ce recueil signé d'une certaine Violet Hunt (1862-1942), il était impossible de ne pas s'y arrêter, la couverture d'Odilon Redon ajoutant à notre excitation. A lire J.Finné, on se rassure, il semblerait que même dans son pays natal on l'ait parfaitement oublié, on se rassure certes mais à la lecture des cinq nouvelles rassemblées par lui (un autre recueil est annoncé pour 2009) on serait tenté de s'en insurger tant la qualité des dialogues, l'art dramatique, ce sens du fantastique "léger" car jamais outré, dans la lignée du grand James qui le premier parvint à effleurer ce genre sans en retenir les lourdeurs ou les excès, témoignent d'un superbe écrivain de nouvelles (Finné avoue que la partie romans de son œuvre mérite largement l'oublie, on le croira sur parole). Avec elle, les fantômes se font volubiles et subtils, la frontière entre les deux mondes plus mince (dans une nouvelle magnifique c'est une suicidée qui pense vivre une ultime soirée mondaine) ils se souviennent encore des êtres de chair qu'ils furent et s'agitent encore. La nouvelle qui ouvre le volume est clairement un chef-d'œuvre du genre. Intitulée Le coche, elle nous balance dans les tressautements d'une diligence conduisant les morts vers l'ailleurs qu'ils tardent parfois à rejoindre et dans cet espace clos, chacun va essayer d'apprendre de son voisin les circonstances de sa mort, une mort violente bien entendue puisque ce coche semble ne se remplir que d'accidentés, de victimes de meurtres et d'assassins exécutés. Micro-décaméron mené de main de maître par Violet Hunt, cette nouvelle est une véritable leçon de littérature fantastique. Il est donc urgent de suivre la recommandation de l'inspiré Jacques Finné et de se ruer, sans se blesser et sans faire de mal à son entourage, sur La nuit des saisons mortes, la révélation victorienne de l'automne.

Violet Hunt

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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