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Un facétieux Cluedo littéraire

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 16/03/2016

flaubertLe moins que l’on puisse dire de Philippe Doumenc, auteur honoré dès son premier roman Les comptoirs du Sud par le prix Renaudot, est d’une part qu’il n’a pas froid aux yeux, d’autre part qu’il est doté d’un sérieux sens de l’humour.

Il signe, avec Contre enquête sur la mort d’Emma Bovary une audacieuse « suite » sous forme d’énigme policière au célèbre – et non moins scandaleux en son temps – roman de Flaubert. Pari osé et impertinent s’il en est !

Le roman de Philippe Doumenc commence donc là où s’achevait Madame Bovary : sur son lit de douleur, mourante, la jeune femme reste seule quelques instants avec l’un des médecins appelés à son chevet. Celui-ci va recueillir alors de ses lèvres pâles la plus troublante des confidences : elle meurt non pas suicidée au cyanure comme tout le laisse à penser mais… assassinée !

La révélation rapportée par le professeur Larivière trouble la Préfecture qui diligente dès lors une enquête. Qui a intérêt à la mort d’Emma, jeune femme de grande beauté, frivole au point d’avoir ruiné sa réputation autant que son mari ? D’où viennent les salissures de ses fines bottines et du bas de sa robe, où est donc passée la lettre de sa main que Charles, son mari, a lue à voix haute à Homais, l’ami et voisin pharmacien, venu à leur aide (lettre qui confirmerait le suicide par ses mots « que l’on n’accuse personne ») ?

Qui ment, quelles motivations animent ceux et celles qui à tour de rôle, vont s’accuser du meurtre ? Que cachent les rideaux accrochés aux fenêtres de cette petite ville de province, figée par le froid d’un hiver qui se prolonge et fixe les traces des pas dans la neige ?

Que l’on se rassure ! Point n’est besoin pour prendre un immense plaisir à la lecture de cette réjouissante intrigue de relire auparavant l’œuvre de Flaubert. Philippe Doumenc fait une très habile présentation des acteurs du roman auquel il se réfère en les faisant renaître sous une plume admirable, rendant ainsi hommage au maître sans toutefois tomber dans le piège du pastiche ; il mêle dans un fin tissage les éléments « flaubertiens » à ses propres inventions. Au lecteur de chercher à démêler – ou pas ! – les fils de la trame…

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary redonne vie avec bonheur à ce grand chef-d’œuvre du XIXème siècle, se frottant aux codes du genre avec une certaine irrévérence joyeuse. Et pousse la provocation jusqu’à commencer son roman par une citation de Flaubert, extraite de sa Correspondance avec George Sand :

« Mais naturellement ma pauvre Bovary s’est bien empoisonnée elle-même. Tous ceux qui prétendront le contraire n’ont rien compris à son personnage !…Comment ne pas se suicider si l’on a un peu d’âme et que le sort vous condamne à Yonville ?

Vous ai-je dit que Philippe Doumenc était brillant, effronté …et facétieux ? Nul doute qu’il suscitera, en plus du plaisir que l’on a à le lire, le désir imminent de se plonger ou replonger dans Madame Bovary, mœurs de Provincecontre-enquête

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