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Un goût de Tamara

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Une actualité de Sylvie
Publié le 09/05/2013

9782207260432-1.jpgNouveau petit rendez-vous dans ce blog qui s'interdit les cloisonnements trop appuyés avec un livre dit de Bandes dessinées, un superbe ouvrage relié édité par la très "littéraire" collection graphique de Denoël (1). Bien sûr comptez sur nous pour que l'objet ressortisse aussi au genre qui nous préoccupe mais il est bon parfois de se souvenir que, protéiforme, la littérature se glisse dans bien des livres. Avec Tamara Drewe, il est clair qu'elle est partout. D'une part parce que les protagonistes de l'histoire sont eux-mêmes des romanciers ou aspirent à le devenir ou encore rêvent devant ce monde étrange qui fait tant d'envies (et de dégâts). D'autre part parce que cette B.D. est particulièrement fournie en textes : les planches de dessins sont à côté ou au milieu de la narration et servent les dialogues. Ainsi tout ce qui nous est raconté par les différents personnages est écrit (le subjectif), tout ce qui est vécu par eux est dessiné (l'objectif, l'audible) sans commentaires. Il n'y a donc pas de "voix off". Ce procédé, outre qu'il est particulièrement ingénieux, permet de multiplier les points de vue sans obscurcir le fil d'une intrigue psychologique serrée. L'unité de lieu prévaut tout au long de l'histoire qui se déroule au coeur d'une vaste ferme anglaise retapée pour servir de gîte à des écrivains qui recherchent à la fois l'authenticité et le recul (pour n'en obtenir souvent que les désagréments et les turpitudes...) : ils se mesurent, se surveillent, se toisent et y vivent le parfait épanouissement de leur ego un rien surdimensionné. Au centre de l'intrigue, la belle Tamara Drewe, créature volatile qui s'est fait refaire le nez et attire

Gemma Bovery

sur sa lumière artificielle les regards de mâles en mal d'aventures : le rocker en rupture de groupe, le fermier déclassé bien bâti, l'écrivain raté avant d'avoir publié, l'écrivain raté d'avoir trop réussi. Et autour de cette dangereuse lumière et de ses insectes, des femmes, abandonnées

ou délaissées, en guerre ou en paix, des jeunes filles en fleurs qui rêvent d'amour un portable vissé au creux de la main, de minuscules destins que Posy Simmonds, la très inspirée "auteure", fait se croiser au milieu d'une campagne anglaise éternellement typique malgré les assauts de la modernité. La mort, souvent absurde et dérisoire, y rôde, comme dans un roman victorien mais la vie l'empor

te sur les rêves. Librement inspiré du génial Thomas Hardy de Loin de la foule déchaînée (c'est le texte de rabat qui le dit, moi je n'avais pas saisi la référence...,) cette magnifique B.D. fait suite à Gemma Bovery qui avait impressionné les lecteurs français il y a quelques années. Très fournie, d'un trait sans prétention, Tamara Drewe confirme tout le plaisir qu'on attend désormais de la dessinatrice vedette du Guardian et les amateurs de littérature volontairement égarés dans l'ardent feu de la B.D. y trouveront leur compte.

(1) une magnifique collection dirigée par Jean-Luc Fromental.

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !