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un homme ne doit pas mourir pour si peu

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

Laurent MauvignierUn homme est passé à tabac par une équipe de quatre vigiles après avoir ouvert et consommé (donc volé) une canette de bière bon marché dans une grande surface. Il n'en sortira pas vivant. Inspiré par ce fait divers honteux, révoltant, invraisemblable, survenu à Lyon en décembre 2009, l'auteur tant apprécié de Dans la foule et Des hommes (1), dont la dernière phrase résonne encore dans notre tête, signe un texte des plus puissants qu'il nous ait été donné de lire.

Intitulé Ce que j'appelle oubli (3), ce monologue cathartique d'une soixantaine de pages semble n'avoir été écrit que dans le but d'être appris par coeur et déclamé sur une scène. Mais en attendant qu'il soit joué, vous n'aurez d'autre choix que de le lire, en un souffle s'il vous plaît, afin d'honorer la forme choisie par l'auteur - une seule et même phrase sans véritable début ni fin, appelant de multiples relectures, de préférence en boucle, jusqu'à épuisement, jusqu'à essoufflement (2). S'adressant en le tutoyant au petit frère de la victime, le narrateur raconte la façon dont les événements se sont enchaînés, développant au passage une une petite variation sur le thème "sur quoi meurt-on ?", déjà ébauché dans Le lien. On y lit l'incompréhension, l'effarement et la rage face à l'absurde disproportion entre l'insignifiance du crime et sa funeste punition. Avec ce petit livre aussi bref qu'intense (décidément, après le succès du fascicule de Stéphane Hessel, les miniatures sont à l'honneur !), Laurent Mauvignier signe une fois de plus un texte qui promet de hanter, voire d'obséder complètement ses lecteurs !


(1) Parution simultanée de Des hommes dans la collection Double.

(2) L'auteur confie s'être inspiré de la forme du monologue de Koltès intitulé La nuit juste avant les forêts, sauf que lui va jusqu'à supprimer la majuscule initiale et le point final, donnant ainsi l'impression que le texte a été interrompu de façon totalement aléatoire et aurait pu l'être en un endroit complètement différent.

(3) A paraître en librairie le 3 mars.

 

F.A.

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