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Un inédit de Jean-Luc Coudray : voyage habité vers Mars

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013
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VOYAGE HABITÉ VERS MARS

Pour le premier voyage habité vers la planète Mars, les autorités pensèrent au Major. Son insensibilité psychologique le protégerait de la panique ou de la dépression pendant les longs mois de trajet dans le vide. Sa paranoïa lui assurerait la vigilance nécessaire pour repérer toute intrusion extraterrestre dans le programme. Son dévouement à la hiérarchie était plus fiable que les moteurs de fusées les plus sophistiqués. Bon soldat, servile et courageux, il était de ceux sur qui les États peuvent investir. Il partit seul, accompagné de robots à roulettes, sous l’œil permanent d’une caméra, dans le rien que l’on nomme espace, confiné dans un astronef aussi oppressant qu’un sous-marin. Pendant que des équipes aux salaires importants rectifiaient, depuis la Terre, seconde après seconde, sa trajectoire, les télévisions de la NASA montraient le major, tantôt ronflant bruyamment, obligeant les terriens à couper le son, tantôt feuilletant des magazines pornographiques qui troublaient les techniciens. Au bout de quelques mois, le major avait grossi, dormait quatorze heures par jour, baillait le reste du temps, se bâfrait de choucroutes lyophilisées et fixait la caméra avec les yeux globuleux d’un crapaud dont l’apesanteur aurait modifié l’ADN. Quand l’engin se posa sur le sol martien, le Major dormait et ne descendit pas. À l’engueulade de la Terre, il répondit en menaçant d’atterrir au retour à Cuba. Après plusieurs jours, la retransmission télévisuelle montra le Major ouvrir la porte de l’aéronef, se rouler dans le sable de Mars la mitraillette à la main, se cacher derrière une dune, effacer ses traces. Il avait reprogrammé les robots qui le couvraient en tirant dans toutes les directions. L’une des balles toucha la caméra et l’image s’éteignit. Lorsque, un an plus tard, le Major revint sur Terre, le Président de la République lui posa immédiatement la question :
“Y a-t-il de la vie sur Mars ? - Il y en avait.” répondit le Major.

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