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Un peu de délicatesse s'il vous plaît !

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/08/2013

KrisprollsSi on vous le faisait lire en cachant le nom de l'auteur, vous l'identifieriez tout de suite. Entre les nombreuses références littéraires, notamment celle à Belle du Seigneur d'Albert Cohen, dont il ne cache pas que c'est son roman préféré, le récit d'une histoire d'amour une fois de plus improbable à côté d'un couple qui s'essouffle (1), la présence de Polonais, un érotisme en filigrane (2) et une légèreté plus que réjouissante, on retrouve bien la plume de David Foenkinos, qui nous avait déjà régalé avec Le potentiel érotique de ma femme en 2004. Il signe cet automne son neuvième livre (3), un petit délice de roman qui porte un titre plein de douceur et de promesses : La délicatesse. Vous y lirez ainsi l'histoire de Nathalie, belle jeune femme tout juste âgée de vingt ans au début du livre, mais déjà vouée à un avenir prometteur dans la finance. Vingt ans, et tout simplement folle amoureuse de François, qui a eu le courage de l'aborder un jour dans la rue. A propos de François : "Il possédait le charme énervant de ces gens qui peuvent vous vendre n'importe quoi. Avec lui, on pourrait partir faire du ski en été, et nager dans des lacs islandais. Il était le genre d'homme à aborder une seule fois une femme dans la rue, et tomber sur la bonne." Mais la chance tourne, n'est-ce pas ?... Quand François se fait renverser par une voiture, il laisse une Nathalie complètement désoeuvrée, sans doute toujours amoureuse de lui comme au premier jour. Difficile de conquérir une veuve qui reste éperdument amoureuse de son défunt mari. Tel est pourtant le défi que vont tenter de relever deux hommes qui font partie de l'entourage professionnel direct de Nathalie. Pour autant, le lieu de travail (si l'on vous précise qu'il s'agit d'une entreprise suédoise implantée à Paris, vous aurez déjà élucidé la moitié du mystère qui se cache derrière les Krisprolls...) et l'amour qu'ils vouent à cette femme qui se veut inaccessible sont bien les seuls points communs que l'on pourra relever entre ces deux prétendants...

Si La délicatesse tranche certes avec des romans plus profonds ou plus engagés de la rentrée (4), il n'en demeure pas moins qu'on le retrouve dans la première sélection des prix Médicis, Renaudot et Goncourt. Il faut reconnaître que ce roman, qui porte d'ailleurs très bien son titre, fait passer un très bon moment au lecteur. L'auteur possède un réel talent pour tisser une relation privilégiée avec ce dernier. Il arrive en effet à créer une complicité avec lui en multipliant les références à des éléments mentionnés dans les pages précédentes. Si certains s'adonnent avec une certaine ferveur au name-dropping, on pourrait dire que David Foenkinos donne dans le clue-dropping, ce qui a pour effet principal de valoriser le lecteur attentif... Mais surtout, celui-ci aura le plaisir de retrouver son humour ravageur - entre le comique de situation, les informations anecdotiques en lien avec le récit et les notes infrapaginales absurdes dosées avec perfection, on se régale... A tel point que l'on serait tenté de faire abstraction de ce côté people un peu énervant que peut afficher l'auteur et de se laisser porter jusqu'au bout de ce roman jubilatoire.


 (1 ) Si la rentrée littéraire dernière semble déjà loin, on se souvient peut-être de Nos séparations, qui racontait l'histoire d'amour entre un fils de hippies et une fille de bonne famille.  (2) Voici un petit clin d'oeil au Potentiel érotique de ma femme : "Le visage de Nathalie éclipsait, dans ses souvenirs, sa carrière et sa vie de famille. Il pouvait écrire un livre au sujet des genoux de Nathalie."  (3) Il s'agit pour l'essentiel de romans publiés aux éditions Gallimard, à l'exception du Potentiel érotique de ma femme et des Célibataires (qui est une pièce de théâtre) tous deux parus chez Flammarion.  (4) On peut penser par exemple à Des hommes, de Laurent Mauvignier, Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye ou encore à Jan Karski de Yannick Haenel, eux aussi en lice pour les mêmes prix...

F.A.

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