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Un premier roman inboubliable à La Table ronde !

A la ligne, Joesph Ponthus.jpg
Quand tout ce qui nous reste, ce sont nos poings : A la ligne, ou faire littérature avec la réalité du boulot en usine.
Publié le 03/01/2019
Un premier roman qui va rester dans les mémoires (et dans le coeur des libraires). Ecrit en vers, "A la ligne" est très sûrement LE texte dont on va beaucoup entendre parler pendant cette rentrée littéraire de janvier. On vous explique pourquoi ici --->
Coup de poing, coup de maître pour cette première fiction de Joseph Ponthus, dont on retrouve le nom sur l' ouvrage collectif Nous...la cité paru dans la collection Zones en 2012.

Pourquoi ce livre va-t-il être un des événements de janvier 2019 ?

Primo, et on commence en douceur : parce que c'est un très bon titre.
"A la ligne", point à la ligne vs. la ligne d'usine.
Plutôt engageant lorsqu'on réalise cette élégance ludique, et jubilatoire quand on découvre que le roman est écrit en vers : "à la ligne", c'est ce que font incessamment les mots, en cadence, sous les doigts du chef Joseph Ponthus. Quand la forme exprime si bien, et sers si bien un propos, celui de l'épuisement, mais aussi de la retenue. Pas de bavardages inutiles, un texte comment dire... à l'os.

Secondo : alors formellement, nous sommes conquis, mais est-ce que ce rythme va tenir la longueur, et garder son lecteur ? Oui et mille fois oui.
Que disent ces mots à la ligne ? 
Ils racontent l'expérience quotidienne de l'usine, en statut d'intérimaire. En Bretagne, Joseph Ponthus (bon, oui nous sommes presque sûrs que tout ce texte est une autobiographie) rejoint quelques dizaine de milliers de français dans la grande ronde des trois huit. D'abord l'usine de crevettes, puis ce sera la bulot, le tofu, et finalement, la viande. Intérimaire en usine d'agro. Et nous, bien au chaud, on découvre ce que ça signifie, que de se retrouver à nettoyer avec un jet d'eau industriel 300 mètres carrés de sang, après l'abattage. 
Et ce n'est pas un col blanc, depuis son élégant bureau 19e, penché sur son mac book air devant une bibliothèque convenue qui nous fait sauter les orbites : c'est un "comme nous", un "comme vous", un homme simple. 

Tertio : les citations.
Page 2 "A l'agence d'interim on me demande quand je peux/ commencer / Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue / " Eh bien demain dès l'aube à l'heure où blanchit la campagne"
Victor Hugo va vite avoir bonne compagnie, selon les inspirations de Ponthus : Perec, Aragon, Rabelais, Beckett, Upton Sinclair, Ronsard. Et tout ça, en musique ! Oui, oui, car lorsque l'on vend sa force 8h par jour, on peut, dans le bruit des machines, chanter. Ce sera Barbara, Brel, Balavoine, Trenet ou encore Taulard, génial groupe de synth-punk grenoblois, qui nous fait aussi dire que vraiment, Joseph Ponthus, il nous est très, très sympathique.

Terminons cet exposé, amoureux, par notre propre citation de Jospeh Ponthus, comme un hommage :

"C'est pas les chefs qui manquent
C'est le boulot qui manque
C'est les sous qui manquent
Tant qu'il y aura des missions interim
Ce n'est pas encore le point final
Il faudra y retourner
A la ligne"

Bibliographie