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Un privé à Babylone

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Une actualité de Emilie Dupuch
Publié le 19/08/2013

"Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé."

Cette phrase pour la moins énigmatique, on la découvre sur le bandeau de couverture du prochain roman de Thomas B. Reverdy que les éditions Flammarion publient à la fin du mois d'août. Les Evaporés -c'est son titre- raconte l'histoire d'une disparition, mais il nous parle aussi  du Japon après Fukushima, et  puis d'un chagrin d'amour.

Après s'être fait licencier pour des raisons bien obscures, Kaze a décidé de disparaître. Il part de chez lui, une nuit, emportant simplement quelques cartons pour s'installer dans un tout petit appartement à l'autre bout de la ville. Il quitte sa femme sans lui fournir la moindre explication, et change de nom. Au Japon, la pratique est courante; la police n'ouvre jamais d'enquête car aucun crime n'a été commis. La famille quant à elle ne part pas à la recherche du disparu car elle se sent déshonorée.

C'est sans doute parce qu'elle a passé près de dix ans aux Etats-Unis, et aussi parce qu'elle se considère un peu comme une "évaporée" que Yukiko part à la recherche de son père. Elle revient au Japon après des années d'absence en compagnie d'un certain Richard B., détective privé, pêcheur de truites à ses heures perdues et aussi ancien petit ami de Yukiko.  Ensemble, ils vont mener l'enquête, se frotter au milieu des yakuzas,  et s'immerger dans un Japon ravagé par Fukushima.

A l'origine de ce roman, un séjour au Japon dont Reverdy s'est totalement imprégné. Comme son sous-titre l'indique, Les Evaporés est un "Roman japonais". La poésie de ce texte le rapproche en effet des livres de Murakami - la construction même du livre, le croisement des différents personnages et le fait d'avancer "à tâtons" dans l'histoire en sont les preuves. Les Evaporés se lit en fait presque comme un roman étranger. Presque, parce que Reverdy nous fait découvrir le Japon, nous initie aux subtilités des coutumes et à la complexité de la langue avec l'innocence d'un français néophyte. Et s'il fait honneur à la langue japonaise, le roman rend aussi un bel hommage à la littérature  -le personnage de Richard B, qu'on assimile assez rapidement à Brautigan, en est l'exemple le plus évident.

Vous l'aurez compris, ce roman de Reverdy nous plonge dans un univers particulièrement riche, et sa lecture tient de l'émerveillement. Les Evaporés est une des plus belles surprises de la rentrée littéraire.