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Un quinze août à Paris

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Une actualité de Anaïs
Publié le 13/08/2014
Un quinze août à ParisIl y a des livres qui, par leur force et leur sujet, incarnent à eux seuls un tournant dans votre vie. Un quinze Août à Paris n'est pas un roman, puisque son auteure, Céline Curiol, s'attaque à l'étude de la dépression. Ce récit pourtant fait oeuvre, dans le sens où l'écriture de soi, d'après Lejeune, le fameux auteur du Pacte autobiographique, peut être considérée d'un intérêt littéraire si l'auteur a déjà été publié. Laissons ces considérations théoriques, Céline Curiol a en effet publié quatre romans aux éditions Actes Sud (la maison de ses amis Paul Auster et Siri Husvedt) ainsi que trois essais, et sa dernière publication n'a pas besoin de curriculum vitae pour imposer son importance et sa qualité. Céline Curiol commence ce récit en expliquant qu'elle est en train d'écrire le livre qu'elle aurait aimé avoir lorsqu'elle a elle-même subit une dépression. Notez bien, et c'est important, que je ne dis pas "lorsqu'elle a été en dépression" : Un quinze août à Paris n'est pas en effet l'histoire de la crise de l'auteur dans le sens où elle ne divulgue pas l'intimité de cette période, mais bien au contraire une mise en récit et à distance, une étude, littéraire et des recherches, sur la dépression. L'auteure invoque, comme exemples, comme points de départ de ses argumentations, des citations d'écrivains ayant eux-même connu "l'intranquillité" (Pessoa), "la maladie de la mort" (Marguerite Duras), "la cloche de verre" (Sylvia Plath). Durant la lecture, nous sommes accompagnés par William Styron, l'auteur de Face aux ténèbres, un texte autobiographique sur sa dépression. Lui-même, dans ce texte invoque Camus, Gary (on trouve même une liste d'artistes ayant succombé à leur mal). Pas question de name dropping dans Un quinze août à Paris, les citations et exemples tirés d'oeuvres d'écrivains reconnus permettent à l'auteure non seulement de chercher à reconnaître son mal dans la littérature, mais ces expériences mises en mots, sont tels des témoignages, des pistes pour comprendre ce qui arrive quand on entre en dépression. Céline Curiol offre une étude de la dépression en tant qu'aliénation : tout à coup, on ne se connaît plus, on ne se reconnaît plus, l'entourage d'ailleurs le remarque. C'est peut-être aussi pour lui, l'entourage, que ce livre est écrit, et pour celui de chaque personne enfermée sous cette "cloche de verre". La dépression comme effondrement d'un système, mais aussi comme renaissance, comme la flore renaît, lentement mais de façon vivace, après un incendie. Un quinze août à Paris est un livre rare et précieux, où l'on remarquera le travail de recherche de Céline Curiol, qui s'inspire de La mélancolie de Laszlo Földényi, de Le métier de vivre de Pavese, de Stig Dagerman, des oeuvres de Julia Kristeva et d'autres, beaucoup, d'autres. Une lecture qui  nous rappelle ô combien les livres peuvent être des refuges et des phares dans nos tourmentes. La bibliographie -importante- à la fin de l'ouvrage est là pour le rappeler. Retrouvez Céline Curiol en vidéo, où elle nous parle de son avant-dernier roman, L'ardeur des pierres : http://youtu.be/QlsdOjpfMT4 P.S. : Barabara avait par ailleurs mis en mots cette "solitude" http://youtu.be/GlVrWsEUFGY      

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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