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Un trimestre dans la gêne

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Une actualité de David V.
Publié le 30/08/2013

Trois mois payésLe nom de Marcel Astruc n'évoquera sans doute pas grand chose à quiconque. Celui de son fils sans doute plus, puisque Alexandre Astruc imposa son nom dans les milieux de la Nouvelle vague avant de s'essayer à la littérature. C'est donc une vraie redécouverte que nous offre Le Dilettante avec la réédition d'un livre connu des seuls spécialistes, Trois mois payés, un livre pour temps de crise qui nous permet de suivre les déambulations d'un brave garçon mis au chômage et qui, muni de quelques mois de salaire, organise son existence, tire des plans, s'invente un avenir avant de déchanter peu à peu, personnage à la Emmanuel Bove, déclassé mais certain cependant qu'un destin l'attend. Le charme incontestable de ce roman tient moins à son aspect témoignage sur les conséquences de la crise de 29 que sur la façon de nous entrainer à la suite d'un garçon méticuleux qui a du mal à admettre que la dégringolade peut être définitive et que rien ne prémunit du naufrage : ni l'assurance ni l'espoir. Nous allons ainsi le suivre dans ces tentatives pour redevenir quelqu'un, arnaqué par un gros bonhomme qui a vite saisi tout ce qu'il pouvait obtenir de cette naïveté dissimulée sous de la fierté, embarqué dans une spéculation hasardeuse qui ne lui permettra que quelques jours de suffisance, incapable d'aimer car c'est un luxe. C'est lui qui raconte et il ne nous cache rien de ses répugnances, de ses affectations, de ses rêveries qui prennent souvent cependant différentes nuances de ce gris qui imprègne tout son récit. On ne s'étonnera pas que l'éditeur et redécouvreur de Forton, Bove ou Calet (voire Gadenne) soit en terrain de connaissance avec ce Marcel Astruc car c'est l'expérience littéraire, minimale mais parfaitement tenu, qui séduit ici, et non pas une volonté de faire de la littérature prolétarienne, de militer, de laisser libre cours à une colère. On recommandera donc à tous ceux qui se plaignent de nos contemporains un peu affectés et coincés dans des postures auxquelles on ne croit guère d'acquérir ce roman étonnant. Ils n'en sortiront pas galavanisés, ça non, mais ils auront goûté au charme après tout pas si fréquent d'un univers maîtrisé.

PS : par contre la postface, très peu d'intérêt...dommage.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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