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Un usage du monde

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Une actualité de Emilie
Publié le 09/09/2014

autour du mondeSi le terrible séisme qu'a connu le Japon en 2011 a ému et bouleversé chacun de nous, il a aussi inspiré certains écrivains, et non des moindres. Après Thomas Reverdy et Les Evaporés, paru l'année dernière chez Flammarion, qui nous plongeait dans le Japon d'après Fukushima, voici que le dernier livre de Laurent Mauvignier s'ouvre lui aussi de ce côté-là du Pacifique, dans un village japonais du bord de mer, quelques heures avant la catastrophe.

Au départ, une petite photographie en noir et blanc d'un plan de métro -à moins que ce ne soit un circuit électrique?- ensuite commence l'histoire. Guillermo, un jeune mexicain baroudeur, s'est laissé charmer par  la fascinante Yûko. Ils ont quitté Tokyo, le temps d'une escapade amoureuse de quelques heures voire quelques jours. Alors que l'idylle est naissante, on sent pourtant d'emblée que le couple est face à une force qui les dépasse. Une forte secousse ne tarde pas à survenir, puis une vague, dont le déferlement funeste résonnera ensuite tout au long du livre, comme un fil rouge. "La vague, elle, continuera sa route avec indifférence (...)  Il (Le Tsunami) aura parcouru la Terre comme pour rappeler que tous les objets du monde sont reliés entre eux d'une manière ou d'une autre et qu'ils se touchent les uns les autres." Dès les premières pages d'Autour du monde, Laurent Mauvignier nous donne le ton : la vie, qu'elle soit belle ou injuste, est faite de toutes petites connections, à l'image de celles qui sont représentées sur la photographie qui ouvre le roman.

Car à peine commence-t-on à s'attacher à Guillermo et Yûko que l'auteur intègre une nouvelle photographie et nous fait passer sans préambule à une autre histoire, puis à une nouvelle photo, et à encore une autre histoire : un vieux monsieur perdu sur un bateau de croisière, un couple en voyage de noces, un autre sur un bateau face à des pirates de mer... Au fil du texte, nous faisons ainsi connaissance avec une kyrielle de personnages, tous différents, vivants aux quatre coins du monde, mais qui, chacun à leur manière, sont pris à un moment clé de leur existence. Laurent Mauvignier réalise ici un vrai tour de force : il parvient à la fois à mettre en scène une multitude d'histoires -et à nous faire suivre chacune d'elles avec passion- sans jamais que son texte ne paraisse décousu, bien au contraire.

 Que Laurent Mauvignier ai fait véritablement le tour du monde importe peu finalement, le pouvoir d'évocation de son écriture est tel que nous suivons chacune de ces histoires avec avidité. Travail autour du cliché, de l'instantané - tous ces destins, ne les avons nous pas déjà entendus ou lus quelque part ?-, Autour du monde se lit comme une réponse littéraire au genre du récit de voyages - et ce n'est sans doute pas un hasard si Laurent Mauvignier a placé en exergue de son livre une citation de l'Usage du monde de Nicolas Bouvier. En lieu et place des croquis, qui sont propres aux journaux de voyage, l'auteur a choisi de placer des photographies et ce n'est pas le moindre des étonnements que procure ce livre qui reste romanesque sans cesser d'être voyageur et d'interroger notre rapport à l'ailleurs, à ce lointain qui nous colle à la peau. Laurent Mauvignier a composé un roman ambitieux qui comble notre besoin d'histoires sans nous en faire les esclaves. Et quelles histoires !

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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