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Un zeste d'aubépine

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Une actualité de Anaïs
Publié le 18/04/2015
Capture d’écran 2015-03-25 à 16.09.23Et puis un jour on découvre Pierre Michon et tout ce que l'on attendait du pétrissement de la langue s'expose, enfin, miraculeusement, dans une beauté douloureuse. Après une grande lecture comme à la fin d'un grand amour on s'imagine ne plus jamais être bouleversé de fond en comble ; certains livres nous font lever le front -entrez dans une cathédrale- et peser sur la nuque le deuil immédiat de l'expérience, fugace et brûlante, du sacré. Et puis un jour, on éprouve à nouveau cette béatitude concentrée ; un texte vous arrache à nouveau à l'ordinaire et s'infuse dans vos chairs, réveillant ces zones un jour palpitantes mais jusqu'ici éteintes. La littérature comme expérience, des sens, comme -é-preuve de notre humanité. Capture d’écran 2015-03-25 à 16.10.39l'ignominie de l'inceste. Le luxe douloureux d'être le secret l'un de l'autre, à jamais pur cet amour, puisqu'à jamais caché. Mais rongés, le cœur, l'âme, jusqu'au paroxysme, le passage à l'acte, qui précipite la chute. On ne survit pas aux amours monstrueuses. A l'écriture de Claude Louis-Combet on s'abreuve, car elle est douloureusement poétique, belle à frémir. L'imagination en ce qu'elle est une puissance créative est ici à son zénith. Les yeux courent sur les mots et l'on est bouleversés par ce qu'un homme, Claude Louis-Combet, a su découvrir et écrire, mais au-delà, on est bouleversé d'être, soi, le réceptacle de cette poésie complexe, entremêlée, bouleversé d'être un Homme, et de ressentir le sacré. Blesse, ronce noire a été réédité en 2002 dans la collection Les Massicotés des éditions Corti. Bethsabée, au clair comme à l'obscur de Claude Louis-Combet est paru en janvier 2015 aux éditions Corti. Extrait du début de livre, alors que Georg et Gretl sont encore enfants :
Elle n'avait que cinq ans mais elle avait déjà beaucoup pensé et s'était aventurée loin en elle-même. Elle se laissa donc dépouiller le bas du corps et, tout le temps, regarda dans le miroir son frère qui la regardait. Il n'y eut rien de plus. Le garçon n'avait pas d'autre intention que de remplir sa vue, une fois, librement et pleinement, et de la combler tout entière de cette image d'amande fendue logée entre ventre et cuisses. Un regard seulement, un long regard tandis que le jour s'absentait, juste le temps nécessaire pour que s'éveille l'adoration.
Merci à Julie Laclautre pour cette découverte.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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