Chargement...
Chargement...

Une affaire de langue

13299_une-affaire-de-langue
Une actualité de David V.
Publié le 14/12/2014

fauteuil basquela finitude et du temps ravageur va traverser tout le livre que nous découvrons. Il y est question de cette région où l'on parle plusieurs langues, le français officiel et le basque familial, où en choisir une n'est jamais anodin. Celui qui nous parle ne connaît pas ou plus la langue de ses ancêtres, ce qui constitue son drame et sa particularité, assumée parfois difficilement. Et sa recherche du temps enfui croise sans cesse des histoires de mots et de vocables, tente de cerner ce tiraillement permanent qui oblige à choisir comme on choisit son camp. Car être Basque c'est aussi faire le choix d'un refus et notre homme ne s'engage pas dans la cause que ses camarades embrassent, cette folie indépendantiste qui se fait meurtrière pour lutter contre l'agonie d'un peuple qui rejette tout ce qui n'est pas lui. Car il est différent, le sentiment de la langue qui deviendra le sentiment de la littérature l'occupe tout entier, le possède. Et ce qu'il gagne d'un côté le fait perdant de l'autre : comment avoir deux langues maternelles ? C'est impossible, tous les traducteurs le disent. L'une doit enterrer l'autre, la repousser (Aribit dit que cette langue originelle, celle des grands-mères, lui était tombée "dans le fond de la gorge") afin que la "culture devenue nature" s'épanouisse au risque de la superficialité, de la déformation, du "vernis", du "paravent". Dans cette lutte la survie viendra de la littérature, un espace immense de liberté qui permettra la médiatisation au monde, l'expression de soi. C'est cette histoire que dans une langue joliment troussée Frédéric Aribit nous raconte, reconstituant les années 70 et leurs tensions mortelles, sa région déchirée et meurtrie, ses amis autosacrifiés à un combat aussi intense que dérisoire, sa famille en lente décomposition jusqu'au renouveau incarné par sa génération. Trois langues dans une bouche repliées l'une sur l'autre, presque invisibles mais présentes, trois langues pour une vie. Un beau projet pour entrer en littérature, riche et intelligent, et un beau roman pour commencer l'année.

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Emilie (119)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !