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Une belle canaille de W. Wilkie Collins

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Une actualité de Marilyn A.
Publié le 25/03/2016

Cela peut passer pour une énormité, mais jamais rien ne me persuadera que la société n’a pas pour une belle canaille un penchant inavoué.

Et c’est une chance, sinon Frank Softly aurait du souci à se faire. Après avoir gâché ses talents d’étudiant et sali son nom, creusant ainsi un fossé infranchissable avec son père, notre narrateur avoue sans complexe ce qu’il sait depuis fort longtemps : il est de la mauvaise engeance, un plaisantin, un filou… Une belle canaille en somme et nous avons le privilège de nous voir confier sa vie.

Cela vous choque ? Si vous espériez lire les mémoires d’un honnête homme, refermez cet ouvrage immédiatement car il n’y a pas de place pour l’ennui ici. Certes, Frank Softly n’est pas à prendre pour modèle mais au moins pourra-t-il se vanter d’avoir pleinement vécu. Ne dépeignons pourtant pas son portrait avec un pinceau trop grossier car ce n’est pas d’un criminel dont il est question, mais d’une personne à la morale quelque peu douteuse, qui s’est souvent laissé aller à suivre ses propres réflexions plutôt que d’écouter ce que la bienséance lui dictait. Rendons-lui cet honneur : c’est un passionné guidé par un amour des plus compliqués qui va le mener là où tous les faussaires se retrouvent… Mais non, pas la guillotine ! – bien que c’était d’usage à l’époque – car cette histoire ne laisse aucune place à une quelconque tristesse. En revanche, on y voit de temps à autre un éclair de lucidité dans les pensées de notre antihéros :

Dans la vraie vie, le chagrin le plus aigu trouve envers et contre tout à se calmer et finit par sécher ses larmes ; il n’est de désespoir si lourd qu’il n’atteigne un certain niveau, en dessous duquel il ne descendra pas, pour laisser à l’espoir, malgré que nous en ayons, une chance de renaître.

Comme vous pouvez le constater, il n’est pas du genre à se laisser abattre, mais pas non plus à abandonner ces folles quêtes. Et dans les moments les plus difficiles, la phrase favorite de sa grand-mère réussie à le remettre d’aplomb :

Un petit coup au bon moment, et on se fait du bon sang (précisions ici que nous parlons d'alcool et non de toute autre chose qui pourrait vous venir à l’esprit).

L’enfance de W. Wilkie Collins laissera les traces d’un traumatisme que seule la littérature pourra apaiser mais qui ne parviendra pas à l’effacer si on considère sa courte existence. Lire Une belle canaille revient à se faire plaisir en suivant l’aventure drolatique d’un homme hors du commun ainsi qu’en dégustant le style saisissant et intelligent d’un auteur que l’on n’a plus besoin de présenter, dont les titres sont disponibles dans la collection Libretto des éditions Phébus. Enfin, sachez qu'avoir envie de lire ou de relire les Faux-monnayeurs d'André Gide après avoir reposé cet ouvrage n'est pas une grande surprise.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?