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Une enfance dans le Dorset

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Une actualité de Emilie
Publié le 30/09/2014

couleur laitNous sommes en mille huit cent trente et un, dans la campagne anglaise. Mary, une jeune fille de quinze ans, a décidé de prendre la plume pour nous raconter son histoire. A travers l'écriture de Nell Leyshon, Mary s'exprime d'une manière un peu appliquée - notre héroïne semble peu habituée à la rédaction - mais sans détour, comme mue par une certaine urgence. Dès les premières pages, la voix de Mary  donne le ton  d'un récit  dont on pressent déjà la dimension tragique.

De toutes ses sœurs qui ont grandi avec elle, Mary est différente. Physiquement d'abord, elle est née avec une jambe repliée sur elle même, et a toujours eu du mal à marcher. Quant à ses cheveux, ils ont la couleur du lait, comme pour marquer encore une fois sa dissemblance. La place qu'elle occupe dans sa famille est aussi particulière. Elle est fille de fermiers très pauvres mais ne peut pas travailler aussi dur que les autres. Si elle n'échappe pas elle non plus aux colères et à la violence de son père, elle n'est pas intégrée au groupe que forment ses sœurs, et se trouve souvent reléguée avec son grand-père sénile, dans la réserve aux pommes.

Tout bascule lorsque son père accepte pour elle un emploi auprès du pasteur du village. Du jour au lendemain, et sans qu'on lui demande son avis, elle quitte les siens pour s'occuper de la femme du pasteur qui est mourante. Là bas, elle apprend les bonnes manières, la douceur, elle s'instruit aussi, mais son répit n'est que de très courte durée, et très vite elle devra se prêter à un jeu des plus sordides.

Si l'histoire de Mary est évidemment triste, la pitié et l’apitoiement n'ont pas de place ici. Face aux malheurs, c'est une voix qui s'exprime, c'est une identité qui s'affirme dans l'écriture. Nell Leyshon réussit parfaitement à donner corps à son personnage, et quant à sa reconstitution, elle est parfaite. La Couleur du lait donne entièrement l'illusion d'un récit d'époque. La lecture de ce récit confession n'est pas sans faire penser au très beau livre écrit par Gaëlle Josse en 2011  intitulé Les Heures silencieuses. Inspirée d'une toile d'Emmanuel De Witt, l'auteur a imaginé le journal intime d'une femme d'un riche marchand néerlandais au XVIIeme siècle, s'effaçant entièrement derrière son personnage. Plébiscité à sa sortie par les libraires du rayon Littérature, l'ouvrage s'était vu déscerner le Prix Lavinal.

La Couleur du lait est le premier roman traduit en français de Nell Leyshon, une romancière brillante dont on espère que les éditions Phébus pourront publier le reste de ses œuvres.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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