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Une libraire dans la tourmente

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Une actualité de Emilie
Publié le 16/11/2015

frenkelRien où poser sa tête...

Un titre qui laisse rêveur, et qui est à l'image de son livre.

Nous sommes face ici véritablement à un texte miraculé. Françoise Frenkel l'a écrit il y a près de soixante dix ans, il est même paru à l'époque chez un éditeur de Genève aujourd'hui disparu, mais il n'a pas résisté au temps. C'est par un pur hasard qu'un lecteur est tombé sur un exemplaire du livre à Nice, à l'occasion d'un déballage d'Emmaüs. Il a fait alors part de sa découverte à Thomas Simonnet, éditeur chez l'Arbalète, qui a décidé de le publier de nouveau.

On ne sait pas ce qu'est devenue l'auteur après la sortie de ce livre - et jusqu'à son décès, en 1975. On possède  en revanche beaucoup plus d'éléments sur sa vie d'avant et sur son parcours professionnel, qu'elle raconte dans le roman. Françoise Frenkel a fondé la première librairie française à Berlin, "La Maison du livre", en 1921. Un petit lieu de résistance dans une ville vite touchée par les extrémismes, où ont été accueillis notamment Henri Barbusse, André Gide ou Roger Martin du Gard.

Si la destiné de ce livre nous semble romanesque, son récit présente quant à lui une dimension beaucoup plus tragique et renvoie à un épisode des plus sombres de notre Histoire. Son amour pour la lecture, son engagement culturel et politique, Françoise Frenkel les défend souvent au péril de sa vie. Sa librairie, elle doit l'abandonner en 1939, quelques jours avant la guerre ; mise en danger pour les idées qu'elle diffuse, elle l'est aussi parce qu'elle est juive. Loin de sa famille, restée en Pologne, elle part alors pour Paris, puis pour Nice et ne cesse de se cacher pour échapper aux rafles. Rien où poser sa tête raconte ainsi ces errances, aventures et mésaventures, au gré des personnes que croise la libraire.

Formidable témoignage de la vie sous l'Occupation - la traîtrise des uns, le soutien précieux des autres -, écriture au charme désuet irrésistible, hommage à la lecture et à la littérature, le livre de Françoise Frenkel touche au cœur, évidemment.  La préface que lui consacre Patrick Modiano ainsi que le dossier inséré en fin d'ouvrage avec photographies et éléments biographiques redonnent à ce texte un nouvel écrin, qui lancera nous l'espérons loin, très loin dans la postérité.

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?