Chargement...
Chargement...

Une surprise sud-africaine

10_une-surprise-sud-africaine
Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 15/03/2016
Karel SchoemanChez nous libraires, les nouvelles livraisons font toujours l'objet du même examen qui consiste à déterminer dans quelle domaine linguistique nous devons classer le dernier venu. A ce titre, une nouveauté au rayon livre de poche a su susciter notre étonnement : La saison des adieux, de Karel Schoeman, paru en 10/18. Ce roman présente la particularité d'être traduit de l'afrikaans, événement aussi rare qu'une aurore boréale en France. En effet, les romans traduits de cette langue, qui, rappelons-le, n'est parlée qu'en Afrique du Sud et en Namibie, peuvent se compter sur les doigts d'une main. On connaît bien entendu André Brink, l'illustre auteur de Une saison blanche et sèche, qui écrit aussi bien en anglais qu'en afrikaans. On peut compter maintenant avec le sud-africain Karel Schoeman, un romancier marginal mais toujours solidaire du combat des Noirs de son pays. Il a d'ailleurs reçu des mains du président Mandela, The order of Merit, la plus haute distinction sud-africaine. Certains avaient pu faire sa connaissance en 1991 avec En étrange pays chez Robert Laffont, livre sublime remarqué par quelques fines lames de la critique puis oublié. La porte s'entrouvrait sur une langue qui compte très, très peu de gens à même de la traduire (quand on sait par ailleurs que Schoeman pratique de son côté pas moins de sept langues et qu'il traduit les plus grands auteurs, sortant de leur terrible et méconnu isolement linguistique quelques millions de locuteurs héritiers d'un batave ancien). A mettre également à son crédit ce très beau roman accueilli par la collection 10/18 qui nous présente Adriaan, un poète esseulé dans son art et dans sa vie. Il assiste, impuissant, à l'effondrement de son pays dans les années 70, à la fuite de tous ses amis incapables de résister à cette ruine annoncée. Le héros s'est cependant persuadé qu'il n'y a pire solitude que celle que l'on assume pas et que partir ne sauve pas de soi-même. Courageux, intègre et, finalement écrivain, Adriaan accepte sa fragilité comme il a accepté la fragilité de sa langue perdue. On espère que ce livre qui mériterait plus qu'un succès d'estime, agira comme un catalyseur et donnera l'idée aux éditeurs de publier plus de romanciers, mais aussi plus de poètes qui écrivent en langue afrikaans, ces derniers démontrant par ailleurs un formidable esprit créateur.schoeman.jpg

Bibliographie

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

Emilie (118)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?