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Une tente au Montana

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 16/03/2016

foret du mainePour inaugurer Totem, leur collection en format poche (semi poche même devrait-on dire) qui vient ces jours-ci parer nos tables de leurs couvertures sobres et élégantes, les éditions Gallmeister ne pouvaient faire autrement que glisser parmi les quatre titres disponibles* un ouvrage relevant du genre « nature writing » qui a fait la réputation de leur jeune et beau catalogue.

Indian Creek est en effet un vibrant hommage à la nature, au « wild » comme disent les anglo-saxons avec tout ce que cela comporte de « sauvage » sans que l'on sache vraiment traduire exactement tout ce que recouvre cette expression. Une nature immense, puissante, sauvage par définition, qui tient en respect, déroute le néophyte  et fascine tout à la fois.

L'histoire d'Indian Creek tiendrait un peu de l'anti-« Into the wild ». Pete, étudiant en biologie bien plus par hasard que par passion est un opportuniste peu ambitieux qui a mené sa vie sans jamais vraiment prendre de décision. Un ami lui a donné le goût des histoires de trappeurs et c'est au bord d'une piscine qu'il accepte un travail de sept mois dans le Montana sans vraiment bien prendre la mesure de son engagement. Il y voit simplement l'occasion de se construire une expérience originale dont il pourra alimenter sa biographie peu palpitante lors des conversations à venir. Son travail : prendre soin, pendant 7 mois d'hiver, de millions d'œufs de saumon placés par les Eux et Forêts à Indian Creek, et vivre là, seul, dans une tente, coupé du monde.

Ce que n'a pas mesuré le jeune Pete - le roman est autobiographique -, c'est son inaptitude au milieu et surtout ce que représente la solitude dans un tel décor. Tout cela est dit avec une sincérité désarmante, pleine d'un humour charmant lorsqu'il s'agit de se montrer comme le naïf qu'il est, et profondément émouvante lorsqu'il évoque l'irrépressible angoisse qu'exerce sur lui cette façon d'être seul dans cette immensité.

Indian Creek est le récit d'un changement, d'une initiation, d'une fracture intime sans jamais ce poser en texte dogmatique ou donneur de leçon, sans que ce soit là le résultat d'une quête mais le simple témoignage d'un parcours individuel, d'une révélation intérieure, sans préméditation.  Passant allègrement mais avec maestria de l'humour léger à des états d'âmes plus graves, suintant d'un désespoir communicatif puis à des descriptions de la nature qui sont des purs moments de grâce, Pete Fromm s'impose comme l'un des maîtres du genre. Et l'on frémit en découvrant qu'il est venu à l'écriture comme il est venu à la nature : par le plus grand des hasards. Comme quoi...

*Montana 1948, La sanction, Même les cow-girls ont du vague à l'âme

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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