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Une tête bien pleine dans un bureau bien vide

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 21/09/2013

Le bureau videMême si vous n'avez pas jugé utile d'aller le voir au cinéma, vous avez certainement entendu parler du dernier film dans lequel joue George Clooney, In the air. Vous savez, c'est l'histoire (adaptée du roman de Walter Kirn) de ce consultant en management qui travaille pour un prestataire de services quelque peu particulier. Il s'agit de prêter main forte à des PDG de grosses sociétés qui préfèrent s'abstenir d'effectuer eux-mêmes les licenciements qu'ils estiment nécessaires, en partie à cause des réactions que cela génère chez les employés concernés. En effet, il existe toute une gamme de comportements plus ou moins violents allant de la simple insulte ou menace, à l'agression physique, en passant par l'indignation ou les crises de larmes. Et, même si on n'y pense pas souvent, tout directeur qui remercie des membres de son personnel s'expose à un autre type de réaction non moins extrême, à savoir celle de l'ex-employé qui refuse tout bonnement de quitter son lieu de travail. Et c'est précisément cette attitude insensée qui fait l'objet du dernier roman de Frank de Bondt intitulé Le bureau vide (Ed. Buchet-Chastel). "Ils ne m'auront pas", déclare le narrateur dès la première ligne. Le ton est donné, cela ne fait aucun doute. Récemment licencié à cause d'une fusion entre la Maison et une autre société, notre homme a décidé d'embarrasser sa hiérarchie en continuant à occuper son bureau, alors que celui-ci se vide au fur et à mesure de tout son mobilier. "Habiter son bureau sans autre but que d'y séjourner en paix et parfaitement désoeuvré ne s'improvise pas, nous confie-t-il. Les premiers jours, la tentation de rompre l'inaction est permanente. Toute idée qui passe par la tête à tendance à vouloir se matérialiser dans un coup de téléphone ou une note." Pour avoir une chance de remporter cette guerre des tranchées, "il est important de savoir s'occuper sobrement. Je bricole donc : mots croisés, échafaudages d'allumettes, calcul mental, découpage du journal, cocottes en papier, exercices de mémorisation. A l'occasion, j'en profite pour raccommoder la pointe d'une chaussette ou recoudre un bouton de chemise. De menus travaux plutôt plaisants pour qui sait prendre son temps. La résistance est un exercice subtil de composition. Il convient de reconstituer ses forces sans relâche, de pouvoir les convoquer, intactes, dès que l'on subodore une offensive ennemie. J'ai appris à vivre en état d'alerte." Aussi absurde qu'entêtée, cette résistance par l'acte de présence auquel s'adonne notre homme n'est pas sans évoquer L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec.

F.A.

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