Chargement...
Chargement...

Une vie mathématique

15018_une-vie-mathematique
Une actualité de Pierre
Publié le 04/01/2016
Avec Algèbre, Yan Pradeau nous éblouit par le récit de la trins singulière vie du mathématicien Alexandre Grothendieck. algebre Y pradeau Allia Depuis une quinzaine d'année nous soupons, ad nauseam, des vies en littérature. Pas de rentrée, pas d'éditeur qui n'ait à son catalogue son écrivain bien décidé à nous raconter la vie méconnue d'une célébrité - scientifique, artistique, politique - et son symétrique, la vie d'un inconnu qui œuvra tant pour changer notre monde. Souvent cela produit de la littérature à sujet, maigre de style et pauvre d'émotion. Un peu d'appréhension alors à ouvrir cet Algèbre qui racontant la vie d'un inconnu célèbre, le mathématicien Alexandre Grothendieck, semble devoir venir s'ajouter au type plus haut évoqué. Mais. Mais, avec ce premier roman Yan Pradeau, nous montre qu'il possède cette chose étrange que l'on peut nommer talent et par alchimie transforme tout en réussite. Par honnêteté convenons que la vie de Grothendieck est par nature plus proche de l'or que du plomb narratif. Fils d'anarchistes apatride passant de la révolution russe, à la guerre d'Espagne, à l'Allemagne nazie, aux camps d'internement et d'extermination pour le père, Grothendieck est un enfant peu désiré, livré à lui-même et qui va découvrir en autodidacte la splendeur des mathématiques, se lier à Bourbaki et dans les années 50 et 60 révolutionner absolument les mathématiques, découvrir le plaisir de faire l'amour, et ne pas supporter que l'on puisse résoudre des conjectures de façon inélégante. On ne saurait lui donner tort. Alexander_Grothendieck Mais être un génie est une chose épuisante pour soi et pour son entourage, surtout quand vient Mai 68 et la contestation de tous les maîtres, commence alors  pour Grothendieck un grand chemin d'errance dont on ne sait s'il est libération ou égarement. Alors il suffisait de raconter cela ? non, il fallait, comme le fait Yan Pradeau, savoir tisser la trame de l'époque et des savoirs dans lesquels vit  Grothendieck, savoir nous faire comprendre ce que l'Histoire détermine et ce qu'elle laisse inexpliquée, et parvenir à nous émouvoir par des questions mathématiques. Algèbre est une réussite, intégrale.    

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

Emilie (119)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?