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Vasset au canon

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

armes.JPGEn voilà un qu'on a à l'oeil depuis un moment, écrivain étrange et original au sein d'un catalogue français pas très riche (Fayard se distingue plutôt dans la littérature étrangère) : ses Bandes alternées nous avait étonnées, son Livre blanc subjugué et nous attendions avec impatience son Journal intime d'un marchand de canons et ce d'autant plus que nous savions Philippe Vasset spécialiste de géopolitique et d'armement (il édite une lettre confidentielle sur le sujet et en sait donc énormément sur la question, pour le moins épineuse sinon dangereuse). Ce livre est une véritable gageure à l'heure où la figure de l'espion et de son corollaire le marchand d'armes est encore très appréciée des scénaristes d'Hollywood et d'ailleurs, où même la parodie type OSS 117 est porteuse de solides clichés inattaquables, car le mythe moderne a mis à mal la réalité avec tant d'acharnement qu'en parler et en faire le sujet d'un roman "réaliste" peut être très glissant. Très intelligemment, Philippe Vasset a choisi de camper un personnage qui vit au quotidien depuis des années l'affrontement entre l'image qu'il s'était faite de la vie parallèle de ces gens voués au secret, et son existence, très terne, faite de beaucoup d'attentes, de désillusion, de rancune et au bout du compte d'anxiété. La justice l'a enfin flairé quand débute ce journal, cette confession fatiguée d'un aventurier sans aventures et il lui faut se décider à brûler son passé, tous ces documents patiemment accumulés comme des preuves d'une vie riche, ces bouts de papier dérisoires, ces fétiches comme en cachent les enfants rêveurs et qui lui servaient à prouver que tout cela avait un sens et un avenir, et devenir un livre par exemple. Sur le principe du flashback, le roman alterne les épisodes peu glorieux d'un marchand qui traverse le globe pour placer sa haute technologie meurtrière mais réalise qu'il ne sera jamais dans la cour des gros marchands de canon (avec des scènes trés réussies d'antichambres, d'hôtels mornes) et le présent, glacial, où il affronte sa propre vacuité, son inquiétude d'être définitivement relégué dans les poubelles de l'histoire contemporaine. Parce que Vasset sait de quoi il parle, son livre est impressionnant, précis, il dévoile cette scène cachée où se joue le destin de millions d'individus niés par le cynisme mercantile à grande échelle. La figure du politique se retrouve éclairée violemment sans que puisse se dessiner la moinde once de rédemption. Et leur serviteur, ambitieux et retors, réaliste mais mené par ses fantasmes, broyé à son tour par la machine, ne gagne aucune humanité à se confesser. Livre fort qui n'aura sans doute droit qu'à un petit public, Journal intime d'un marchand de canons confirme la place très singulière de son auteur et de son entreprise littéraire.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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