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Vialatte de A à V et plus si affinités

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Une actualité de David V.
Publié le 13/11/2014

Abécédaire VialatteAh la gloire posthume... On peut avouer que dans ce domaine Alexandre Vialatte, le "notoirement méconnu", est un  cas remarquable car il ne se passe pas d'année qui ne voie paraître un livre portant son nom, comme si d'outre-tombe il alimentait avec constance les amateurs, toujours ravis (parfois incrédules) de pouvoir goûter à son univers, de ses chroniques, romans inachevés, critiques oubliées, nouvelles égarées. Le corpus est large mais pas infini. Outre les trois romans parus de son vivant dont le fabuleux "Les Fruits du Congo", il nous reste surtout ses centaines de chroniques, et notamment celles de La Montagne qu'on peut relire sans fin et sans risque de se lasser. La nouvelle idée des éditions Julliard, historique éditeur des chroniques depuis 1978 et qui les aligna avec régularité et avec des préfaces de vialattiens convaincus (mais on lira toujours Vialatte que la gloire de ces prestigieux préfaciers se sera estompée) en cet automne (paru en octobre, le "vrai mois des bilans" selon l'Auvergnat qui s'y connaissait en saisons de toutes sortes) est une anthologie alphabétique, nommée Un Abécédaire pour faire vieille France, tirée des fameuses chroniques mais aussi de l'Almanach des quatre saisons, du Spectacle du Monde, parfois des Cahiers Vialatte, et qui permet de traverser, en sautant d'une lettre à l'autre, la douce folie du découvreur de Kafka qui avait un avis sur tout et le faisait savoir comme personne, qui utilisait le présent comme nul autre n'a réussi à le faire après lui (et ce n'est pas faute d'avoir été copié, plagié, ...) et transformait la France d'après-guerre en un pays merveilleux et inquiet (mais amusé) de voir la modernité le rattraper et tordre le cou à ses étranges traditions ancestrales. C'est Alain Allemand qui a choisi - et manifestement c'est un très bon connaisseur - de récolter ces fruits juteux ou plutôt confits dont on ne parvient pas à s'ennuyer tant l'humour, le vrai, se rit des époques (on ne dit pas ça pour les épouvantables comiques qui règnent désormais sur les ondes françaises et qui font assaut d'une vulgarité qu'ils confondent avec la drôlerie, mais on peut gager qu'ils n'ont jamais lu Vialatte, tout au plus Desproges qui, lui, avait lu tout Vialatte). Il a agrémenté ses choix de petits dessins à la plume qui ont l'élégance d'être discrets et sans prétention. Et qu'un Allemand s'intéresse à Vialatte, il y a là comme un juste retour des choses... Le problème avec le grand Alexandre c'est qu'on a envie de le citer et qu'il faut résister à cette tentation. Déjà, de l'avoir un peu sectionné comme le fait Alain Allemand est un peu injuste car cela nous prive du plaisir de l'anacoluthe cher à l'auteur, de ses raisonnements faussement logiques, de son rythme qui avait trouvé dans la forme brève une formidable manière de s'épanouir. On en serait presque frustré, et tous ces (...) sont parfois exaspérants... Mais il faut surtout bénir le collectionneur à l'origine de ce livre de nous donner l'envie d'aller y refaire un tour, histoire de se décrasser le français que Vialatte maniait à la perfection, c'est-à-dire avec cet air de rien qui est la véritable marque des grands stylistes. La France dont il nous parle n'existe plus, sa langue en revanche perdure, c'est dire sa supériorité sur tout, et l'immense pouvoir de la littérature qui survit aux mondes anciens dont il faut bien un jour qu'on se lasse.

VIALATTE Alexandre

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