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Vous avez dit "Epépé" ?

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Une actualité de David V.
Publié le 26/03/2016

Certains livres ont le don de vous poursuivre : vous pouvez les relire, ils vous donnent l'impression, assez vaniteuse, d'avoir été écrits pour vous. Ils vous invitent aussi, à toute force, quand vous êtes libraire, à en faire des piles pour gagner de nouveaux lecteurs dont vous êtes certain de la reconnaissance, à le placer avec assurance dans les mains des lecteurs qui vous font confiance sans même vous fendre de l'hyperbole toujours un peu suspecte. Epépé fait partie de ces livres, et c'est une joie de le voir réapparaître depuis qu'Olivier Rubinstein,le directeur de Denoël le fit paraître dans l'éphémère maison Austral. Cet automne c'est au sein de la collection de poche de Zulma que ce phénix retrouve de belles couleurs et suscite comme chaque fois l'excitation de ses fervents. Il était quand même temps que ce roman hors du commun trouve son public en petit format. Alors, dîtes-vous quid de cet Epépé dont le titre seul ne dit rien et qui d'ailleurs ne signifie guère ? Imaginé par le fils de Frigyes Karinthy, monument des Lettres hongroises d'avant-guerre, ce roman signé Ferenc Karinthy et traduit par ses enfants, est une fable qui ne ménage ni nos nerfs ni notre sens de l'humour, le cauchemar éveillé d'un homme projeté dans un univers dont il n'a pas les clefs. Budaï est un prestigieux linguiste qui pratique de nombreuses langues et de ce fait croit posséder plus que d'autres une adaptabilité à toute épreuve. Lorsqu'il se rend à Helsinki c'est en congressiste avisé et dans le cadre de l'un de ces colloques qui font le sel de la vie des universitaires. Mais allez savoir pourquoi, lorsqu'il débarque sur le tarmac de l'aéroport qu'il imagine finlandais, c'est pour découvrir avec stupeur que rien de ce qui l'entoure, la signalétique, les enseignes, n'est écrit en finnois. La langue qui s'affiche ne ressemble à aucune de celles qu'il a fréquentées, celle qu'il entend est un sabir confus dont il ne parvient pas à extraire le moindre phonème. Passé le moment de panique et parce que notre homme ne cède pas facilement au désespoir, il entreprend avec méthode de survivre et avant tout de se faire comprendre, peinant pour seulement obtenir un verre d'eau. Car le bonhomme fait montre d'une résistance et d'un esprit d'initiative qui défie la raison, s'interdisant d'abandonner et se laissant même séduire par une femme dont il croit vaguement saisir le prénom : Epépé... Nous voilà embarqués dans une comédie grinçante et éprouvante, suivant pas à pas un homme perdu dans un monde de signes inconnus et nous posant cette terrible question : est-il possible de survivre sans communiquer ? On voit par là que ce livre, écrit il y a des dizaines d'années par un Hongrois subissant un régime totalitaire, n'a rien perdu de sa pertinence dans un monde comme le nôtre surchargé, et parfois jusqu'à la nausée, de signes et de messages. Il est drôle et comme tout ce qui est drôle, il est profondément inquiétant. Dans sa préface (reprise de l'édition Denoël), Emmanuel Carrère précise que c'est un livre qui gagne à être lu puis relu, preuve s'il en était besoin de sa nécessité. Mais il doit d'abord avant tout être lu. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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