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Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi

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Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi - Jean-Christophe Rufin
Publié le 05/04/2017
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Compostelle malgré moi. Entendons par là Compostelle presque par hasard et Compostelle malgré tout.

Ce n’est donc pas le récit émerveillé d’un pèlerinage auquel il faut s’attendre mais plutôt le journal d’un curieux qui, pourquoi pas, prend un jour la route vers Compostelle.

Et ce ne sera pas de tout repos.

Pas tant à cause de la marche (ça on s’y attend !...) mais parce que la réalité de certaines auberges pour pèlerins peut flirter avec les taudis des marchands de sommeil.

Aussi parce que la route ouverte depuis le IX° siècle n’est plus forcément aussi bucolique lorsqu’elle croise les voies rapides ou longe les tuyaux de métal qui mènent à une usine chimique.

Et parce que Lavacolla évoque plus l’aéroport desservant Compostelle pour des touristes pressés que l’une des dernières étapes du Chemin.

 

Alors pourquoi lire Rufin ?

D’autant que le côté légèrement snob de l’académicien jeté sur la route exaspère parfois (souvent …). Il fera par exemple le choix de l’itinéraire du nord plutôt que de prendre le chemin du Camino francés, beaucoup trop fréquenté à son goût.

Et c’est ça justement qui plaît dans ce contre-récit : c’est qu’il incite à approfondir le sujet. A être curieux, sans doute comme Rufin l’a été lorsqu’il a décidé de prendre ce chemin archi-saturé de projections multiples.

A découvrir ces routes qui parcourent l’Europe vers Compostelle. A apprendre l’existence de ce pèlerinage primitif (de ce Camino Primitivo) avant que les pèlerins se mettent en route sur le Camino francés.

A parcourir une Cantabrie blessée par la crise économique avec ses programmes immobiliers désertés.

A voir un des hauts lieux de pèlerinage étouffé par un marketing territorial d’autant plus efficace que le site a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Et pour peu que le 25 juillet tombe un dimanche !....

 

On lit Rufin pour tout ce qu’il ne nous dit pas mais qui suscite notre frustration et éveille notre curiosité.

Et pour tout ce qu’il nous dit trop crûment. Pour lui par exemple le Botafumeiro, l’encensoir géant de la basilique, évoque tout simplement une mesure d’hygiène, instrument dont la taille est proportionnelle à la crasse accumulée sur la route. Et encore, il nous dispense de l’anecdote des décrochages en pleine course de cette masse de 72 Kg qui file à plus de 60 Km/h.

 

On lit aussi Rufin pour la joie de retrouver, presque en contrepoint, les personnages du film d’Emilio Estevez, The Way / La route ensemble.

Pour les images de ces hommes et de ces femmes qui prennent la route de ce pèlerinage pour des raisons très diverses.

Toutes celles et ceux qui refuseraient sans doute qu’on leur dise qu’ils sont des pèlerins mais qui ont, malgré tout, pris cette route-là.

Pas forcément pour une quête religieuse donc. Pas toujours.

Sans doute aussi, souvent, pour ce partage que cette route provoque.

Presque malgré nous…