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Le lion de Joseph Kessel, par Mélanie Marbot

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Une actualité de Administrateur
Publié le 22/05/2013
Si je devais garder un seul souvenir de mon enfance, ce serait celui où je me vois plongée dans un livre, inconsciente du temps qui s’échappe. Le rythme de mes journées était calé sur l’avancée des chapitres lus. Je ne pouvais détacher mes yeux de l’intrigue sans en avoir achevé un : il aurait été inconcevable de laisser une phrase, une idée en suspens. Je souriais, souffrais, m’enthousiasmais, m’exaspérais, m’émouvait avec mes compagnons fictifs de lecture. Jusqu’au jour où je n’ai plus ressenti ces émotions avec un personnage, mais où je suis devenue ce personnage. Jusqu’au jour où je suis passée de spectatrice à actrice, où je ne me projetais plus dans un décor imaginaire mais où je me suis retrouvée projetée dans une nouvelle vie. Cette expérience, je l’ai vécu en ouvrant pour la première fois (avant bien d’autres qui allaient suivre) “Le lion” de Joseph Kessel. « Est-ce qu’il avait tiré sur mes paupières pour voir ce qu’elles cachaient ? » sont les premiers mots du roman. C’est bien l’effet qu’il m’a fait : il a ouvert mes yeux et changé radicalement ma façon de lire. Je découvrais avec Patricia, personnage pivot du même âge que moi, la passion et ses limites, la sensation d’injustice du monde des adultes, les plaisirs de la nature sauvage, l’envie d’indépendance et la tentation de la manipulation. Cocktail explosif ! La première page m’avait ouvert les yeux, la dernière me les avaient fait pleurer, comme Patricia le fait elle aussi, pour la première fois de sa vie d’enfant. Cependant, ce livre est bien plus que la transcription des états d’âme d’une fillette. Je redoutais sa deuxième lecture, ayant grandi, j’avais peur de ne plus me retrouver dans Patricia. Crainte confirmée mais qui n’a en rien gâché mon plaisir. Au contraire, j’ai redécouvert des personnages pour lesquels j’éprouvais de l’indifférence (le narrateur) ou de l’incompréhension (John Bullit, le père de Patricia), et j’ai mieux perçu leur point de vue. Lire “Le lion”, c’est plonger dans une parenthèse de pureté mais aussi de violence, de spontanéité et de cruauté, attitudes aussi bien animales qu’humaines. Pour ma part j’ai été envoûtée, et je le suis toujours dix ans plus tard, avec à chaque lecture des palpitations nouvelles. “Le lion” a poussé le rugissement décisif qui a marqué mon voyage dans le monde de la lecture.