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Le Quatrième mur de Sorj Chalandon 1

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Une actualité de Administrateur
Publié le 04/06/2014
Les dernières phrases résonnent encore dans ma tête, comme un ultime écho de la guerre du Liban. Je referme Le quatrième mur, de Sorj Chalandon, étouffant ainsi le sifflement des balles et le vacarme des bombes. Après Joël Dicker et son haletant La Vérité sur l'affaire Harry Quebert qui avait obtenu le Prix Goncourt des Lycéens en 2012, c’est un ouvrage radicalement différent qui a retenu l’attention des lycéens l’année suivante, et la mienne aujourd’hui. Le quatrième mur est un grand mélange. D’amitiés, de violences, d’amour, de guerre, de vie, de mort, de rencontres et de fraternités. Georges, militant d’extrême gauche dans la France des années 80, s’est lié d’amitié avec Sam, réfugié grec pacifiste, mais avant tout grand utopiste. Ce metteur en scène n’a qu’une idée en tête: jouer Antigone d’Anouilh au Liban, alors en pleine guerre civile, en impliquant des acteurs de toutes les communautés. Rassembler des ennemis, leur offrir deux heures de paix au milieu des affrontements incessants. Etant hospitalisé, c’est à son ami qu’il confie la mise en place de ce projet fou. Georges est tout ce qu’il lui reste, et il accepte malgré le danger et les réticences de sa femme, mère depuis peu d’une petite fille. A travers mes vagues souvenirs d’Anouilh du collège, ce livre m’a plongé au coeur d’un conflit complexe, aux acteurs multiples et au quotidien sans pitié. Au milieu de tout cela, vouloir monter une pièce de théâtre semble insensé, mais on y croit autant que Sam. Les rencontres bouleversantes que font Georges au fil de son séjour au Liban nous y invitent et font entrevoir une possible trêve symbolique dans ce capharnaüm sanglant. L’auteur nous plonge au coeur d’un rêve qui prend forme, et dont la réussite dépend d’une fragile entente dans un contexte de grande tension. Il nous livre les sentiments parfois intimes et souvent contradictoires de Georges, mais toujours impressionnants de sincérité. Hanté par les événements qu’il vit et par la réalité de cette guerre qu’il a désormais dans la peau, Georges ne trouve plus aucun bonheur de retour chez lui, et la futilité des petits tracas du quotidien occidental le met hors de lui. Sur place, le plus incroyable est sans doute cette dangereuse fascination et ce plaisir qu’il ressent au contact de la guerre: « Au milieu de leurs cris je souriais ». J’ai tremblé au vacarme assourdissant des bombardements, à la violence des combats, vibré aux émotions du héros, à la beauté des rencontres, et à la puissance de l’espoir. C’est magnifique et dramatique à la fois, politique et poétique. Le quatrième mur, cette barrière imaginaire qui sépare les acteurs de leur public lors d’une représentation, Sorj Chalandon a pris soin d’en débarrasser son livre pour nous permettre de ne faire qu’un avec son personnage et ce qu’il traverse. Pour que résonnent en nous les mots de Jean Anouilh qui semblent si bien correspondre à Georges : « Elle s’appelle Antigone, et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… ». Benjamin GILLES