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Le Rouge et le Noir de Stendhal

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Une actualité de Administrateur
Publié le 26/05/2015
« La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s’étendent sur la pente d’une colline, dont les touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités ». C’est par cette délicieuse description colorée que débute mon roman préféré, Le Rouge et le Noir écrit par Stendhal, un livre imposé par l’enseignement scolaire en classe de première. Cette œuvre peut paraître austère de prime abord, probablement en raison du nombre de pages. Engloutir un tel livre en classe de première relève presque de l’exploit (538 pages en 2 mois) et ne fait pas souvent l’unanimité auprès des jeunes de mon âge. Pourtant, je fus touchée par l’esprit et la sensibilité romanesque de cette œuvre. Achevée en 1830, l’œuvre de Stendhal possède encore une profondeur infinie. L’auteur décrit de manière spectaculaire la passion amoureuse, déchirée entre devoir, ambition et profusion de sentiments. Stendhal parvient à faire retranscrire le déploiement du sentiment amoureux dans ses moindres détails avec une grande finesse réaliste. La rencontre entre les acteurs principaux, Julien Sorel et Madame de Rênal, au début du chapitre VI est, à mon avis, la scène la plus emblématique de ce choc affectif. C’est un passage simple et gracieux qui met en scène l’étonnement, l’heureuse surprise et la réciprocité des sentiments. Stendhal dépeint le jeu des regards avec une virtuosité sans précédent. À le lire, nous imaginons la caméra filmant la psychologie des acteurs. « Action ! » « Coupez. » « On reprend ! ». Plus qu’un roman dépeignant le sentiment amoureux, Stendhal relate l’évolution sociale d’un jeune homme peu fortuné mais cultivé et ambitieux. L’œuvre de Stendhal fait écho à la réalité sociale des jeunes d’aujourd’hui. Je pense que c’est également pour cette raison que ce livre m’a beaucoup touché. De la même manière que Julien Sorel, je ressens ce besoin de m’élever en société et d’escalader les échelons. Il semble toujours aussi ardu, au XXIème siècle, de se frayer un chemin socialement reconnu au sein d’une société qui prône l’excellence et le mérite. Dans la scène « Réflexion en montagne » j’assignerais presque les ressentis de Julien aux miens. Assis sur un rocher, dominant la vallée et les sapins, Julien médite sur sa condition et ses aspirations sociales. Malgré son ressentiment social envers les riches de l’époque, le personnage témoigne d’un esprit fort, il est déterminé à s’élever socialement. Non seulement ce livre est un concentré stylistique de très haute qualité, mais c’est également un témoignage historique de l’esprit de la jeunesse de l’époque, pleine d’aspiration et de nostalgie quant à l’épopée napoléonienne. La finesse stylistique stendhalienne m’a fait prendre conscience de la puissance de la littérature : imaginer, témoigner, dénoncer. Julie PELLETIER