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Les lycéens écrivent aussi (5e édition - billet n°17)

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Une actualité de Marilyn
Publié le 26/03/2014
Billet portant sur Anima de Wajdi Mouawad Second roman d’un artiste aux multiples talents, Wajdi Mouawad donne à lire dans Anima un texte poignant. Depuis plus de vingt ans, l’artiste monte des spectacles tragiques sur les planches des théâtres du monde entier. Son nom résonne désormais dans le monde du spectacle vivant. Il est en 2009 l’artiste associé de la 63ème édition du Festival d’Avignon, où il propose la représentation de son fameux quatuor Le Sang des Promesses. Il est directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa de 2007 à 2012. En septembre 2011, enfin, il devient artiste associé au Grand T à Nantes. Toutes ces consécrations institutionnelles n’empêchent pas l’auteur d’explorer de nouvelles formes narratives. Avec un mot, Anima, pour seul titre de son roman, Wajdi Mouawad laisse a priori le lecteur dans l’expectative. Mais l’étymologie du terme éclaire et renvoie littéralement au souffle, à l’âme. Or, c’est bien cela que questionne l’auteur. Le roman s’ouvre sur une scène de meurtre, sur le souffle coupé d’une femme retrouvée morte au milieu de son salon par son mari. Ce dernier, Wahhch Debch, décide de se lancer à la poursuite du meurtrier afin que justice soit rendue. Mais, bien loin de n’être qu’une enquête sur le modèle du roman policier, l’auteur use habilement de procédés d’écriture, notamment de focalisation, pour donner des points de vue différents sur l’histoire. Chaque chapitre est vu à travers les yeux d’un animal se trouvant à proximité du mari en quête : le chat de la maison qui assiste à la macabre découverte, une fourmis grimpée sur le bout de sa chaussure, des oiseaux qui l’épient depuis le rebords de la fenêtre de sa chambre d’hôpital, … Bien plus qu’un simple jeu littéraire, c’est une véritable réflexion sur la parole ou l’absence de celle-ci qui travaille le texte de bout en bout, donnant à entendre les mots des animaux, à ceux qui d’ordinaire sont sans voix. On retrouve, comme dans toute l’œuvre de Wadji Mouawad, ce questionnement profond. La  parole est tour à tour rempart contre la violence, passeuse de mémoire, témoin de l’histoire, etc. L’artiste a d’ailleurs pour habitude d’employer une image similaire pour parler de ses projets. Il en parle comme de sœurs muettes, qui lui transmettent, sur le mode de l’indicible, leur histoire. Il dit vivre avec elles pendant des années, jusqu’au jour où, le besoin impérieux se fait sentir de faire entendre cette voix de lui seul connue, de monter un spectacle, de donner une représentation pour faire entendre au public ces mots qui l’habitent. Ecrit dans une langue d’une extrême poésie, le dernier opus de Wajdi Mouawad, prolonge non sans brio cette réflexion. Le romancier mêle habilement les codes de l’enquête policière à un voyage à travers l’Amérique du nord! Vaste odyssée, à découvrir d’urgence !

Billet de TESLA Robin - BTS CI 1

Bibliographie