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Les lycéens écrivent aussi (5e édition - billet n°7)

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Une actualité de Marilyn
Publié le 06/01/2014

Billet portant sur Le liseur de Bernhard Schlink

Ce livre m’a beaucoup plu. C’est une histoire d’amour entre deux personnes qui pourraient être mère et fils, une histoire à la fois belle et terrible, impossible aussi car plane sur elle des secrets inavouables. Le fait qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre est surprenant car ils semblent bien appartenir à deux mondes très différents. Elle est contrôleuse de tramway et lui est encore au collège, et pourtant la magie opère entre eux.

Au fur et à mesure de leurs rendez-vous, un genre de rituel s’est mis en place : ils se douchent, il lui fait la lecture et ils font l’amour. Michaël est fol amoureux de cette femme, Hanna, qui peut être très froide et distante. Elle a un pouvoir sur lui, il se sent obligé de s’excuser envers elle. C’est une relation dominant-dominé. En même temps elle a 20 ans de plus que lui. Mais on sent que Michaël se lasse de s’excuser, il veut en quelque sorte vivre sa jeunesse comme les autres. On voit qu’il va se détacher d’elle petit à petit. C’est peut-être ce qui peut expliquer le geste d’Hanna, qui suite à une promotion, s’en va sans le prévenir du jour au lendemain. L’histoire aurait pu s’arrêter là, le récit d’une initiation à l’amour qui s’interrompt brusquement. Michaël continue de vivre sa vie et fait ses études de droit.

Mais tout se complique lors d’un procès concernant 6 gardiennes nazies qui auraient sciemment laissé quelques 300 personnes brûler dans une église auquel assiste Michaël. Parmi elle, il reconnait Hanna, c’est le choc. Comment a-t-il pu aimer un monstre ? Qui plus est, les autres inculpées s’acharnent contre Hanna pour qu’elle seule soit condamnée. Elle n’arrive pas à se défendre. Les autres gardiennes l’accusent d’avoir écrit un rapport. Le juge lui demande donc d’écrire quelque chose sur un bout de papier pour confronter les écritures, Hanna fond en larmes. Elle a peur d’avoir honte, une peur qui la tétanise. Elle ment, et déclare donc que c’est elle qui a bien écrit ce rapport. Elle préfère la prison à la révélation de son secret qui, pour elle, serait pire que n’importe quelle condamnation. Michaël comprend tout cela et ne sait quelle attitude adopter : intervenir, trahir son secret afin de la sauver malgré elle, ou respecter son choix et devenir complice d’une injustice ?

Des années plus tard, Hannah le hante toujours. Une nouvelle relation à distance se mettra en place empreinte de poésie mais aussi peut-être de culpabilité, de ressentiment aussi. Des retrouvailles auront lieu, seront programmées mais rien ne se passera comme ce qu’aurait pu attendre le lecteur et c’est cela qui est intéressant dans cette œuvre : l’auteur ne glisse jamais vers la facilité. Il dit la complexité des vies, des personnes des relations. Loin de tout manichéisme, il donne à voir la part d’obscurité de chacun des protagonistes mais aussi sa face lumineuse si bien que cela nous renvoie à nous-mêmes. Et moi ? Qu’aurais-je fait ? Qu’aurais-je accepté ?

La fin est tranchante et émouvante, à l’image d’Hanna, figure romanesque ambiguë qui hante l’esprit longtemps après que l’on est fini, à regret, ce beau récit.

Billet de Manon de Sousa étudiante en B.T.S. Assurance première année

Bibliographie