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Les lycéens écrivent aussi (6ème édition – billet n°12)

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Une actualité de Marilyn
Publié le 13/02/2015
Billet portant sur Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie 9782070416806logocondorcet214328Ce livre m’a beaucoup plu : il est bien écrit, les personnages sont attachants et l’histoire dénonce la dictature de Mao dans une Chine en plein bouleversement. Le scénario pourrait se résumer ainsi : en 1968, deux fils d’« intellectuels » sont envoyés en rééducation au pied de la Montagne du Phénix du Ciel. Cette région pluvieuse et ces habitants à l’esprit limité vont leur causer bien des soucis. Fort heureusement, ils font la découverte des auteurs occidentaux et d’une Petite Tailleuse dont la beauté tout d’abord les comblera et dont l’éducation deviendra leur mission. Le cadre dans lequel prend place cette histoire est très intéressant. On a un aperçu des rudes conditions de vie dans une Chine champêtre pas si sympathique qu’on pourrait se l’imaginer. L’humidité, notamment, est terrible (il pleut un jour sur trois) et le travail de rééducation est physique et dégradant – les héros sont contraints de travailler dans les mines, nus pour ne pas abîmer leurs habits. On a aussi droit au détail du despotisme de Mao : tous les « intellectuels » sont chassés, non seulement les penseurs, les philosophes et les littéraires, mais aussi les médecins, les dentistes et tous les autres indispensables. Même les deux jeunes ados que sont Luo et le narrateur se rendent compte que cette décision est aberrante. On a tous besoin de médecins, même le président. Les deux protagonistes eux-mêmes sont considérés comme des intellectuels parce qu’ils sont arrivés jusqu’au lycée (alors que ses portes étaient fermées pendant deux ans à cause du chaos politique). Vous trouvez déjà la logique gouvernementale bancale ? Attendez donc, nous n’avons encore parlé ni de mariage ni d’enfants ! Dans ce livre, on apprend qu’il est non seulement défendu de se marier avant vingt-cinq ans, mais aussi d’avorter, et, par-dessus le marché, d’avoir un enfant avant l’âge légal. Par ailleurs, « aucune accoucheuse de la montagne n’accepterait de violer la loi, en mettant au monde l’enfant d’un couple non marié. » En cas de grossesse avant l’âge, vous êtes littéralement seule face au déluge. On peut également avancer sans trop se mouiller qu’en cette époque, les jeunes gens de la campagne devaient être fort peu éduqués en matière de sexualité, et donc assez ignorants des méthodes de contraception. Ce genre de situation devait donc arriver assez régulièrement pour faire douter de la logique présidentielle… Parlons maintenant des personnages ! Personnellement, je les aime beaucoup parce qu’ils sont humains, donc fragiles et non exempts de défauts, à commencer par le narrateur ! Non content de voir son meilleur ami lui ravir la fille qu’il aime (ce n’est avoué qu’à demi-mot, mais il en est bel et bien amoureux), il se glisse dans le rôle de protecteur de leur idylle comme si le second plan avait toujours été sa place. Mais ce n’est pas parce que Luo est mis en avant qu’il est pour autant ce qu’on pourrait appeler « l’homme de la situation ». C’est un conteur hors pair, certes, et ce talent lui permet de fuir de temps en temps les tâches ingrates qu’on leur ordonne de faire pour les « rééduquer ». C’est également le seul et unique personnage dont on ne connaitra jamais le nom, ce qui le met à part. Mais il a une faiblesse plutôt handicapante : le vertige. L’auteur le met régulièrement face à cette peur qu’il n’arrive pas à surmonter, comme pour le rabaisser. Au final, Luo est quelqu'un de commun, et c’est même en faisant lire Balzac à la Petite Tailleuse dans l’espoir de la cultiver qu’il réussit à la perdre – elle, à qui il tient tant. Car oui, la jeune fille dédaignera ses amis, qui ont sacrifié beaucoup pour son bien, les abandonnera dans ces montagnes perdues où ils sont condamnés à finir leurs jours pour, elle, pouvoir vivre sa vie. On pourrait voir Balzac et la Petite Tailleuse chinoise comme un prologue, finalement. Le prologue qui voit l’héroïne s’enfuir de son village pour atteindre la Ville et ainsi, démarrer une existence digne d’un roman – un roman balzacien. Tous les personnages sont humains et faillibles. C’est la vie qui l’emporte sur la dictature avec ses aléas, ses bonheurs et ses souffrances, ses déceptions aussi. Balzac et la Petite Tailleuse chinoise est un roman d’apprentissage en forme de pied de nez au travail de rééducation voulu par Mao puisque ce sont précisément ceux censés être rééduqués qui vont apprendre à la petite tailleuse chinoise la culture et avec elle, la liberté de penser, la liberté tout court. C’est donc un hymne à la littérature et à ses pouvoirs merveilleux d’émancipation. Billet de Diane de Ginestet, étudiante en B.T.S. Assistant de Manager, première 

Bibliographie