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Les lycéens écrivent aussi (7ème édition – billet n°16)

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Une actualité de Marilyn
Publié le 29/03/2016
Billet portant sur La légende de nos pères de Sorj Chalandon legendelogocondorcet214328Tout commence le jour de l’enterrement de Brumaire, le père de M. Frémaux. Un père taiseux qui emporte dans sa tombe ses souvenirs glorieux liés à ses activités de résistant pendant la seconde guerre mondiale dont son fils ignorera jusqu’au bout la nature. C’est sans doute ce rendez-vous manqué avec  un père admiré en silence qui pousse le fils à dédier sa vie à la mémoire des autres puisqu’il écrit sous la dictée les souvenirs des personnes. C’est ainsi qu’il rencontre Lupuline Beuzaboc. Cette jeune femme, si fière des histoires de guerre de son père qui ont bercé toute son enfance décide d’en faire un livre afin de ne jamais oublier ce que son père était, c’est pour cela qu’elle demande à Marcel Frémaux de rencontrer son père. Ce dernier, fort réticent, finit par accepter de livrer son histoire. Se met en place un rituel sous forme de rencontres très codées entre le biographe et Beuzaboc. Mais, rien ne se passe comme prévu. Le récit est beau, héroïque et pourtant déroutant. M. Frémaux doute, enquête, se perd d’autant qu’à travers Beuzaboc, il semble chercher le visage de son père et ce visage lui échappe à mesure que l’histoire s’étoffe. Réflexion passionnante sur la nature trouble des souvenirs, entre mémoire et légende, ce livre nous interroge sur la façon dont on arrange la réalité pour la faire servir l’image que l’on se fait de soi-même ou bien celle que nous voulons que les autres aient de nous. Il nous fait comprendre que parfois, la mémoire nous joue des tours comme nous pouvons consciencieusement lui en jouer aussi. L’histoire nous donne à voir un marché de dupes, le biographe rencontre cet homme, dans l’espoir de nourrir sa soif de récit de guerre que son père n’a jamais souhaité lui raconter. Il ne l’écoute pas pour lui-même mais pour entendre l’écho de son père. Mais le vieil homme n’est pas celui qu’il croit et lui-même semble se servir du biographe pour réaliser un objectif personnel, celui de retrouver son identité. Cette histoire, très prenante, aborde plusieurs problématiques : la vérité et le mensonge, l’usurpation d’identité, la tentation de la vengeance, la question du pardon, Après cela subsiste la question du pourquoi, mais surtout des conséquences du travestissement de la réalité et des faits historiques. Et après tout, chacun n’a-t-il pas tendance à manipuler le réel pour mieux servir ses desseins ? La vérité existe-t-elle vraiment ou n’est-elle que ce que chaque homme en fait ? Finalement, ne sommes-nous pas aussi, dans nos mensonge les victimes de nos rêves et de nos souvenirs, victimes du regard des autres aussi et surtout. C’est un roman original, intense qui interroge nos actes, la portée de nos paroles mais aussi les sentiments, notamment ceux filiaux. Une belle découverte que je recommande. Billet de Elisa Benech étudiante en B.T.S. Assistant de Manager

Bibliographie